‹ Histoire de la RestaurationChapitre 53 sur 193 · LIVRE VINGT -NEUVIEME · texte numérisé non relu

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rope elle-même. Pénétrant, quoique impassible, l'embar* ras de cette situation lui pesait et l'inquiétait sur la continuation de son ascendant à venir. Il était trop intelligent pour croire Fouché indispensable à la couronne après Waterloo et devant Paris, déjà évacué par nos troupes et entouré par cinq armées formant ensemble un million d'hommes. Mais, en affectant de croire à la nécessité de Fouché et en déclarant tous les jours au roi qu'il ne répondait de rien sans ce collègue, il se vengeait habile* ment du roi, des princes, des princesses, des courtisans, des émigrés. Il les forçait à élever, de leurs propres mains, dans leur propre cour, un scandale devant lequel l'inconvenance de sa propre élévation disparaissait. Qu'était-ce, en effet, que M. de Talleyrand, évêque affranchi de ses vœux par le souverain pontife, constitutionnel modéré et ami de Mirabeau en 1 790, émigré en Amérique en 1793, pur de sang, grand de naissance, éclatant de négociations et de talents pendant l'Empire , auprès de Fouché, proconsul et régicide, meurtrier du frère et du père des princes et des princesses qui allaient lui ouvrir leur cour et leur cœur? Après un tel sacrifice volontairement fait à l'utilité d'un pareil homme, de quoi les Bourbons et leurs amis auraient -ils à se plaindre en voyant M. de Talleyrand régner dans leurs conseils? Il leur ôtait, en les entachant eux-mêmes, tout droit de s'étonner de sa présence et de le flétrir dans l'avenir; il rendait Louis XVIII plus complice mille fois que lui-même de la révolution; il le ravalait au-dessous de Fouché, et une fois que le cri public se serait élevé contre le scandale de ce ministre contre nature et que Fouché serait congédié, le roi et sa cour n'auraient plus rien à opposer à sa pro-

pre domination dans le gouvernement. Le contact avec Fouché leur aurait enlevé le droit d'affecter toute autre pudeur.

Telles étaient, sans aucun doute, les vraies pensées de M. de Talleyrand quand il reçut Fouché dans ses bras à Arnouville pour conduire lui-même son rival d'ambition aux pieds du roi vaincu. La lutte de Louis XVIII avait dû être longue avant de plier sous cet opprobre de la destinée. Languir vingt ans loin du palais de ses pères n'était qu'une infortune commune à bien des rois, tomber d'un trône mal affermi devant le prestige irrésistible d'un conquérant et sous l'abandon de sa propre armée n'était qu'un revers inévitable dans une restauration encore chancelante; mais prendre pour remonter sur ce trône la main teinte du sang d'un roi et d'un frère ! démentir ces imprécations royales et ces gémissements européens dont ce prince avait rempli les cours de l'Europe î imposer à sa nièce chérie , la fille de Louis XVI , la vue et l'horreur de l'homme qui avait sacrifié son père et sa mère à la révolution ! c'était la pire de toutes ses ruines, car c'était le désaveu donné à son rang, le démenti à son propre sang. En se déclarant l'obligé, il devenait en apparence, aux yeux de l'histoire, le complice. Amnistier le régicide n'était que l'exécution du testament de son frère Louis XVI ; l'élever au rang de ses ministres , à la tète de ses conseils , c'était se déclarer le vassal de ce qu'il avait toute sa vie appelé le crime. Le trône même,

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