‹ Histoire de la RestaurationChapitre 56 sur 193 · LIVRE VINGT-NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVIEME

qu'en se laissant conquérir par les idées dominantes à son époque, et qu'en se faisant moins le roi de ses amis que le roi de ses ennemis. Il insista sur la nécessité absolue d'effacer le passé entre les Bourbons et la France par une amnistie si complète et si réelle qu'elle ressemblât moins au pardon qu'à l'oubli.

« Il faut que tout le monde puisse rester, sous le règne » du roi, non-seulement en repos sur les actes accomplis » pendant les différentes révolutions qui ont rempli l'in- » terrègne de votre maison, sur les propriétés nationales » acquises, sur les grades, les fonctions, les dignités, les » titres possédés, mais encore sur la conservation de ces » honneurs et de ces fonctions, tellement que chacun » puisse croire que les services qu'il a rendus aux gou- » vernements successifs de la France ont été rendus au )) roi. En un mot, il faut que Votre Majesté adopte la » France, si elle veut que la France adopte irrévocable- » ment sa maison. La sagesse souveraine de votre mai- » son l'a élevée de tout temps, ajouta-t-il, au-dessus des » préjugés, des faiblesses, des ressentiments de son propre » parti. L'Europe et la nation savent que c'est moins » un roi qu'un grand homme d'Etat que la Providence )> rend au trône en vous, tout le monde verra dans Votre » Majesté le génie de la réconciliation des intérêts et de » la restauration des trônes ; il faut que Votre Majesté » impose sa sagesse à ceux qui l'entourent et qui per^ » draient de nouveau la couronne , si on la laissait à la » merci de leurs petites intelligences et de leurs petites » passions. Le temps veut des concessions , Paris ne se » calmera qu'à ce prix. Y entrer est facile, y rester est )) difficile. C'est le moment de les faire, plus tard elles

» paraîtront peut-être arrachées par les impatiences et »les agitations de l'opinion; aujourd'hui la France sera » reconnaissante , demain exigeante et ingrate. Il faut » admettre les faits comme droits et se garder de contes- » ter aux Chambres et à l'opinion les garanties de sécu- » rite et de dignité qu'elles inscrivent dans leur décla- » ration , comme des conditions de leur capitulation » d'honneur et de principes à leur soumission. »

M. de Talleyrand, par son silence et par ses gestes, paraissait acquiescer à tous les conseils de Fouché. Le roi ne se prononçait qu'avec mesure et réserve. Fier de la haute opinion que la révolution même, dans la personne de Fouché , avait de sa modération et de sa sagesse, il l'écoutait néanmoins avec une défiance dissimulée sous un apparent abandon. Il voulait bien rassurer le bonapartisme encore en possession du ministère, du gouvernement et des Chambres, mais il ne voulait pas composer avec lui. Tout accorder aux intérêts généraux de la révolution et aux opinions nouvelles qui avaient la majorité dans le pays entrait par force et par raison dans ses idées ; se remettre dans les mains de l'armée, des fonctionnaires de Napoléon, des conspirateurs du 20 mars et des deux Chambres nommées par Napoléon ou sous son influence, aux yeux du roi, c'était abdiquer,

11 ne dissimula pas a son nouveau ministre qu'il ne confondrait jamais les besoins réels de l'opinion nationale

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