LIVRE VINGT-NEUVIEME
avec les ambitions et les exigences du parti bonapartiste, et qu'il fallait débarrasser la situation du gouvernement, de l'armée et des Chambres, du 20 mars. Fouché s'en chargea. Il était trop avancé pour revenir en arrière; après ce qu'il avait fait pour le roi, il pouvait conseiller encore, mais il ne pouvait plus rien refuser.
M. de Talleyrand soumit au roi, devant le nouveau ministre de la police, avec une haute déférence pour son avis, les noms du nouveau ministère que le renvoi de M. de Blacas et la transition de l'exil au trône rendaient nécessaire de recomposer. M. de Talleyrand conservait les affaires étrangères, le maniement de l'Europe et les traditions du congrès de Vienne ; Fouché, avec le ministère de la police, conservait sous la main tous les ressorts de l'opinion et de la haute politique à l'intérieur ; le baron Louis prenait les finances ; M. de Jaucourt, dévoué aussi à M. de Talleyrand, la marine.
M. Pasquier, ancien membre du parlement de Paris et ancien préfet de police sous l'Empire, mais pur de toute trahison et de toute défection au retour de l'empereur, la justice.
Le maréchal Gouvion-Saint-Cyr, un des lieutenants les plus consommés de Napoléon, resté fidèle, comme Macdonald, à ses serments au roi, la guerre.
Le roi et M. de Talleyrand, d'accord avec Fouché, réservaient le ministère de la maison du roi à M. de Richelieu, aide de camp et ami de l'empereur de Russie, pour donner un gage à cette cour.
M. Mole, qui avait passé de l'Empire aux Bourbons, [ des Bourbons à l'Empire, et qui consentait à repasser de I l'Empire aux Bourbons, était présenté par Fouché pour V. 7
un ministère. Le roi , en considération de son nom monarchique, de sa jeunesse pleine de promesses, de ses talents propres à servir et à décorer tous les pouvoirs, le conserva à la direction des travaux publics.
Un autre aide de camp de l'empereur de Russie, M. Pozzo di Borgo, homme capable de tout comprendre, de tout manier et de tout dire dans un gouvernement constitutionnel où la parole est nécessaire , fut choisi en secret pour le ministère de l'intérieur. M. Pozzo di Borgo n'avait pas quitté le roi pendant l'exil de Gand. Il représentait auprès de lui l'amitié de l'empereur Alexandre. Décidé à rentrer au service de la France, sa patrie, par un emploi si important et si confidentiel, il voulut néanmoins attendre l'arrivée de son souverain , l'empereur de Russie, et son autorisation pour accepter la confiance de Louis XVIII.
M. Pasquier, propre à tout par son attitude comme par sa souplesse aux circonstances, fut chargé de diriger le ministère de l'intérieur pendant l'indécision de M. Pozzo di Borgo.
Un jeune homme inconnu jusque-là et dont la haute fortune date de ce hasard, M. Decazes, fut nommé préfet de police, désigné au roi et au conseil pour cet avantposte du gouvernement par la courageuse résolution d'acte et de langage qu'il avait montrée à Paris et à Bordeaux contre Napoléon pendant les cent-jours, en suivant l'exemple de M. Laine. Il fut accepté par Fouché, dont nul autre homme important parmi les royalistes ne voulait subir l'autorité dans cette administration subordonnée à sa direction.
Il fut convenu que ce ministère se réunirait secrète-