‹ Histoire de la RestaurationChapitre 58 sur 193 · LIVRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVIÈME

ment à Paris le soir même, et préparerait tout pour l'entrée inattendue du roi le lendemain dans Paris.

Après cet entretien, qui se prolongea deux heures clans le cabinet du roi , et après ces arrangemnnts ministériels convenus, Fouché, toujours conduit par M. de Talleyrand, traversa les appartements du château d'Arnouville, remplis des courtisans anciens et nouveaux de Louis XVIII. H y fut accueilli par la répugnance de quelques-uns, par l'empressement de plusieurs, par l'étonnement de tous. Il reprit sa sérénité et son assurance.

« Duc d'Otrante , » lui dit en souriant M. de Talleyrand devant quelques-uns des grands officiers de la couronne, « vous ne connaissez pas le prestige d'un roi légitime et » d'un roi au niveau de son trône par son esprit ; conve- » nez que vous avez été ému devant lui. » Fouché avait trop le besoin de flatter le prince et sa cour par son trouble pour n'en pas convenir. Il emportait le prix de tant de ruses et de tant d'audace dans un pouvoir qui allait s'imposer à la fois aux amis et aux ennemis des Bourbons. Il voyait , sans quitter le rôle de ministre et d'arbitre de tous les partis, rentrer, passer et revenir trois monarchies sous sa tutelle. Il avait congédié une restauration, il avait dirigé et joué un empire, il avait rappelé une seconde restauration. Il allait congédier ses collègues comme des subalternes et les Chambres comme des instruments usés. Il avait dompté par la tactique

et par l'équilibre des partis le génie et les défiances de Napoléon. Il venait de forcer le roi de l'ancien régime à remettre son sort entre les mains d'un proconsul de la Convention et d'un ministre de Bonaparte. II jouait avec trois ou quatre destinées , supérieur à toutes par le mépris qu'il faisait d'elles. Tl n'estimait ces situations qu'aux difficultés qu'il y avait de les affronter et de les dominer. Sans doute il en sentait la bassesse secrète ; mais dans ces bassesses il voyait tant d'audace et tant de supériorité sur le vulgaire, qu'il s'applaudissait des moyens, en touchant au but , et qu'il s'estimait plus grand que les hommes et les partis, pour avoir trompé les partis et les hommes.

Il cacha dans les ténèbres son retour nocturne à Paris.

Cependant il y avait un homme dans la familiarité de l'exil de Louis XVIII et dans les conseils déjà congédiés d'Arnouville , qui pressentait, dans cette présence et dans cette complicité du roi avec Fouché, la dégradation prochaine de la royauté. C'était M. de Chateaubriand. Par la poésie, cette noblesse de l'intelligence et du sentiment, il avait, presque seul , la révélation de l'honneur ; par le génie, il devinait de plus loin le jugement de l'avenir sur cette indignité de la couronne.

A peine eut-il appris que Fouché venait de paraître en présence de Louis XVIII, présenté par M. de Talleyrand , et qu'il emportait sa nomination confidentielle au ministère de la police, qu'il se présenta à la porte du

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