LIVRE VINGT-NEUVIEME
Chambres, et laissait à Fouché tous les périls, toute la responsabilité et tous les reproches du dénoûment. Il les assumait avec une intrépidité, un double visage et une assurance dignes d'une plus belle cause et d'un caractère plus élevé. Il les laissait gémir et murmurer pour sauver les apparences de leur situation. Il savait qu'ils voulaient paraître trompés et contraints par la violence des événements à une abdication qui leur paraîtrait moins humiliante s'ils pouvaient l'attribuer à la trahison et à la force. Il les servait comme ils voulaient être servis.
Le rôle de Carnot et de ses collègues était fini du jour où ils avaient attaché leur cause à celle de Napoléon. Vaincus avec lui à Waterloo, vaincus une seconde fois par son abdication forcée à Paris , ils n'étaient plus que des parlementaires entre deux révolutions qui allaient se résoudre sans leur concours. Ilsfeignaient de s'enrapporter à Fouché pour faire des conditions à la liberté , ou pour garantir des sûretés, et des amnisties à l'Empire. En réalité , ils n'espéraient rien que d'être déchargés à tout prix du fardeau qui pesait sur eux. Ils auraient pu, avec plus de résolution , suivre l'armée de la Loire ou tenter la bataille à Paris : ils n'avaient fait ni l'un ni l'autre. La faiblesse numérique de l'armée leur avait interdit la guerre avec l'étranger; le patriotisme et l'opinion leur interdisaient la guerre civile, lis ne pouvaient qu'expirer entre tous les partis, dans les mains d'un collègue plus pervers, mais plus résolu et plus habile qu'eux.
XXVIIT.
Fouché, pressé de les congédier pour livrer le palais des Tuileries à Louis XVIII , les réunit le 9 juillet au matin. Il les entretint de ses conférences avec lord Wellington et avec Louis XVIII. Il assura qu'il avait reçu du premier toutes les concessions et toutes les garanties pour lesquelles le gouvernement et les Chambres montraient extérieurement tant de sollicitude. Il entendait par là l'amnistie et les institutions libérales ; car il ne s'agissait déjà plus pour personne de Napoléon. Un prince nouveau emporte sa postérité avec lui : les vieilles dynasties ont seules des racines et des rejetons après leur chute.
Pendant que Fouché parlait avec cette liberté d'esprit et cette sécurité apparente à ses collègues, comme pour les engager à se désintéresser enfin des affaires et à se retirer, le général Blùcher, d'après ce qui avait été convenu la veille entre Fouché, Wellington et lui, faisait occuper, sans résistance, le jardin et le palais des Tuileries par ses troupes. Les membres du gouvernement protestèrent en vain contre cette violation de l'article de la capitulation qui confiait l'intérieur de la ville, les palais et les monuments à la garde nationale. Le général prussien répondit qu'il ne connaissait que les ordres de son chef. « Eh bien ! dit Fouché avec une colère réelle ou » feinte, nous nous retirerons, mais après avoir consigné » dans un dernier message aux Chambres la violence qui » nous est faite ; » et il écrivit :