LIVRE VINGT-NEUVIÈME
a Monsieur le président,
» Jusqu'ici nous avons dû croire que les souverains » alliés n'étaient point unanimes dans le choix du prince )) qui doit régner sur la France. Nos plénipotentiaires » nous ont donné la même assurance à leur retour. Ce- » pendant, les ministres et les généraux des puissances » alliées ont déclaré hier, dans les conférences qu'ils ont » eues avec moi, que tous les souverains s'étaient en- » gagés à replacer Louis XVIII sur le trône, et qu'il » doit faire ce soir ou demain son entrée dans la eapi- » taie.
» Les troupes étrangères viennent d'occuper les Tuile- » ries, où siège le gouvernement.
» Dans cet état de choses, nous ne pouvons plus que » faire des vœux pour la patrie, et nos délibérations n'é- » tant plus libres, nous croyons devoir nous séparer.
«Paris, le 7 juillet 1815.
» Signé Fouché, Carnot, Caulaincourt, »Quinette, Grenier.»
Ainsi se retirèrent sans murmure devant une apparence de violence qu'ils n'avaient su ni prévenir, ni fuir, ni repousser, et devant l'injonction d'un de leurs collègues, déjà ministre en ce moment d'un nouveau gouvernement, des hommes forcés d'accepter le rôle de
dupes, bien qu'ils connussent parfaitement les manœuvres de Fouché, pour écarter de leurs tètes les soupçons de lâcheté ou de trahison. Jamais gouvernement en France n'avait jusque-là terminé si honteusement sa carrière. Ce n'était cependant ni le courage personnel, ni le patriotisme, ni l'honneur qui manquaient à ces hommes ; mais, à l'exception de Quinette et de Grenier, choisis parmi les hommes étrangers au 20 mars, la situation des trois autres était si fausse dans un gouvernement créé pour congédier et pour remplacer Napoléon, que toute dignité et toute conformité à eux-mêmes devaient manquer à leurs actes comme à leur résignation du pouvoir. Caulaincourt , créature et négociateur de Napoléon ; Carnot, qui, par une inconséquence de patriotisme expliquée par ses amis, inexplicable à l'histoire, avait accepté de lui un ministère et un titre de cour sur son nom républicain, étaient sortis des conseils intimes de Napoléon h l'Elysée pour se charger, au nom des Chambres, de le surveiller, de le déjouer et de le proscrire. Ce rôle contre nature une fois accepté, ils ne pouvaient plus être que les jouets des événements et les vains noms officiels derrière lesquels Fouché masquait sa vraie politique.
Trop éclairés pour ne pas voir aussi bien que lui l'impossibilité absolue de résister clans Paris avec une poignée d'hommes aux armées de l'Europe ; trop probes cependant pour trahir eux-mêmes les restes du parti bonapartiste, qu'ils resprésentaient dans le gouvernement, ils laissaient trahir et ils assistaient à la trahison. La trahison accomplie, ils signaient de leur propre main leur déception et leur humiliation dans cet acte. Ils