LIVRE VINGT-NEUVIÈME
députés, en se présentant, le lendemain, à l'aurore, aux portes de leur palais, les trouvèrent fermées et interdites. Ils se retirèrent en murmurant, les uns pour la forme, les autres pour l'honneur, le petit nombre pouf la liberté. Le peuple, qui ne voyait plus en eux ni Napoléon, ni la république, ni la patrie, mais quelques hommes de tribune sans cause acharnés à discourir sur des ruines pendant que les armées ennemies étaient en possession de la capitale, ne répondit à leurs murmures que par son indifférence.
La Fayette devait à son nom et à son passé une protestation plus personnelle et plus éclatante. Il essaya de la constater en étendant les bras et en haranguant le peuple devant les grilles. Le peuple, qui ne le connaissait plus, fut aussi sourd que les portes à sa voix. Tout s'était fermé devant lui pendant cette courte aspiration à un grand rôle qu'il avait essayé de reprendre. Après avoir détesté Napoléon, accueilli un des premiers le retour des Bourbons en 1814 et salué le comte d'Artois aux Tuileries, il avait, au 20 mars, brigué la candidature à la Chambre des représentants. Ombrageux contre Napoléon, tout en lui laissant prendre le sceptre et l'épée après le 20 mars, il avait aigri l'Assemblée contre le dictateur et épié le moment de sa faiblesse pour aider à le précipiter. Waterloo lui en avait offert l'occasion ; il l'avait saisie avec une àpreté de haine qui n'avait peut-être pas assez respecté le revers. Trompé depuis l'abdication dans son
espérance de diriger le gouvernement nouveau et d'être l'arbitre entre une restauration et la liberté, il avait été trompé également dans la tentative de négociation au nom de la Chambre avec les souverains. Il affirmait , en rentrant à Paris, que Sébastiani et lui avaient obtenu des alliés le libre choix du prince qui conviendrait à la France. Il rêvait, dit-on, le duc d'Orléans comme une déviation de plus du principe monarchique qu'il avait tendu toute sa vie à affaiblir sans avoir la franchise et l'énergie de le vouloir supprimer ; et les alliés donnaient un démenti complet à cette prétendue négociation, en balayant la Chambre et en installant unanimement les Bourbons aux Tuileries. La Fayette, resté sans écho dans le peuple, rentra silencieusement dans la foule, et assista le soir, obscur et inaperçu, à l'expulsion d'une représentation qu'il avait agitée et à la ruine d'une cause qu'il avait désarmée en désarmant Napoléon.
Fouché triomphait seul de tous ces hommes disparus, les uns dans leur conspiration, les autres dans leur fanatisme, ceux-ci dans leur ambition, ceux-là dans leur inconséquence, tous dans leur incapacité. Il ne leur restait que le murmure. Fouché le bravait; car n'ayant point de conscience , il n'avait point de remords.
Carnot, apprenant qu'il était ministre de la police de Louis XVIII, et qu'il était chargé de dresser lui-même des listes d'exil contre ses complices et ses collègues, se présenta à l'audience de Fouché ; il lui adressa un regard où se peignait le mépris d'une àme sincère pour le succès de la fourberie politique, et, employant ce rude tutoiement antique et révolutionnaire dont ces deux républicains avaient pris ensemble l'habitude à la Convention :