LIVRE TRENTIEME
Feutrée nocturne de Napoléon le 20 mars, — a je veux » traverser Paris en plein jour et au milieu de mon pays. » Quand on voit son roi en France, il n'y a plus de li- » gueurs î »
Le roi entra en effet au milieu du jour. Malgré les précautions du gouvernement pour dérouter la multitude, elle était immense sur son passage. Tous les dénouements sont des soulagements pour un peuple. Le parti de Napoléon, composé presque exclusivement d'hommes de cour et d'hommes des camps, avait disparu depuis quatre jours; il avait suivi l'armée de la Loire, ou se tenait renfermé dans ses hôtels, attendant l'inévitable événement et négociant avec Touché pour ses amnisties, ses dignités, ses fortunes. Le peuple, d'abord enthousiaste du retour miraculeux de son empereur et complice par ses acclamations de la sédition militaire du 20 mars, n'avait plus reconnu ni l'armée dans sa défaite, ni l'empereur dans son irrésolution , dans sa fuite sur Paris , dans son immobilité à l'Elysée , dans son abdication et dans sa retraite insouciante à la Malmaison. Sa popularité était usée, il ne restait dans les masses que le ressentiment de tant de déceptions , et la douleur de la patrie et de la capitale livrées par une seule bataille à l'étranger. Les nobles et les bourgeois en masse, les premiers par amour des Bourbons et par représailles de leur défaite du 20 mars, les seconds par amour de la paix, de leurs industries , de leur sécurité , n'avaient qu'un cœur pour rappeler, pour voir, pour acclamer Louis XVIII.
Ce prince, sous son règne court et si malheureusement interrompu, n'avait pas eu le temps de dépopulariser son gouvernement. Ce règne avait été tranché par la violence des bonapartistes au commencement de ses espérances. Ces espérances renaissaient avec son retour. Une imprécation presque unanime accusait Napoléon seul, sa famille, ses courtisans, ses soldats, des calamités de la patrie. Ces imprécations, qui n'osaient pas encore se traduire en représailles contre les conspirateurs civils ou militaires des cent-jours, s'épanchaient en acclamations et en attendrissements pour les Bourbons. Le drapeau blanc, inauguré dès le matin comme un signal de paix sur le pavillon des Tuileries, avait fait arborer en un clin d'œil un million de drapeaux aux couleurs royales à toutes les fenêtres des faubourgs , des rues et des places que le cortège devait parcourir. Paris entier sembla se pavoiser de lui-même de la bannière des lis. L'impulsion, cette fois, n'était ni donnée par quelques groupes ambulants de royalistes, ni favorisée par Fouché. Ce ministre, au contraire, désirait refroidir l'accueil pour exagérer aux yeux des Bourbons les répugnances et les irritations de Paris. Mais l'enthousiasme de la paix entraînait ces vaines prudences de l'astuce. Le roi revenait cette fois, plus encore qu'en 1814, comme une réparation pour les uns, comme un repentir pour les autres, comme un salut pour tous.
La garde nationale, qui venait de passer sous le commandement du général Dessolles , ancien lieutenant de