‹ Histoire de la RestaurationChapitre 69 sur 193 · LIVRE TKENIIÈMF · texte numérisé non relu

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et administré la ville pendant la première restauration. M. de Chabrol, quoique magistrat de l'Empire, s'était assez respecté lui-même et avait assez respecté sa patrie pour se retirer avec les Bourbons au retour de l'empereur. Fouché désirait que M. de Chabrol insinuât des conditions à Louis XVIII dans les paroles qu'il devait lui adresser au nom de la ville de Paris, et qu'il donnât des avis ou des avertissements au monarque. M. de Chabrol se refusa à cette inconvenance dans un pareil moment. La défection, la fuite, l'exil, le sang versé à Waterloo , la rentrée sur des provinces envahies et dans une capitale étreinte par quatre armées étrangères, n'étaient-ils pas des avertissements assez éloquents par eux-mêmes, et convenait-il d'attrister encore cette réconciliation du roi et du peuple par des souvenirs ou par des pressentiments sinistres? Fallait-il, d'ailleurs, intervertir ainsi les rôles, et donner au roi seul l'apparence de tous les torts, quand le peuple et l'armée en avaient eu au moins d'aussi reprochables? Était-ce à ceux qui avaient laissé envahir la capitale et le trône par Napoléon de demander réparation à Louis XVIII, qu'ils avaient ainsi eux-mêmes abandonné, détrôné et proscrit? M. de Chabrol se borna, au contraire, à énumérer les calamités que les cent jours de la présence de Bonaparte et de l'absence du gouvernement légitime avaient coûté à la patrie , et à solliciter pour tous les torts le pardon contenu dans l'âme d'un roi et d'un père, et pour tous les malheurs les oublis et les consolations nécessaires à tout réparer.

Louis XVIII, avec une convenance qui était le don de sa nature et l'inspiration de sa politique , répondit sans faire aucune allusion de reproche ou de vengeance à l'or-

gane de la ville de Paris : « Je ne me suis éloigné de » ma capitale qu'avec la plus vive douleur, j'y reviens » avec attendrissement : j'avais trop prévu les maux » dont elle était menacée ; je viens pour les prévenir et » les réparer. » Ces mots étaient la situation tout entière. Il y avait un reproche, mais attendri par la douleur ; une promesse d'intervenir entre la France et l'ennemi, pour tempérer, s'il était possible, la victoire; une espérance de bon gouvernement.

Mais si Louis XVIII voulait adoucir l'expression des amertumes et des humiliations qu'un pareil retour au milieu des armées étrangères infligeait à la nation, il ne voulait pas dissimuler trop complaisamment au peuple la douleur sévère et le ressentiment patriotique qu'il éprouvait , en traversant sa capitale envahie et les provinces conquises par la sédition des uns , par la faiblesse de tous. Il referma promptement la glace de sa voiture, qu'il avait ouverte seulement pour prêter l'oreille au préfet de Paris , et il se composa pour tout le reste de la ville un visage majestueux et impassible où une teinte de colère se mêlait à une grande dignité. Il voulait que le peuple comprît qu'il rentrait sans haine, mais non sans souvenir de l'injure qui lui avait été faite. Il effaça toute larme de ses yeux, tout sourire de ses lèvres, toute banale paternité de ses gestes. On voyait qu'il ne voulait ni implorer l'accueil, ni mendier le trône, mais reprendre avec un droit entier et avec une autorité sévère un règne interrompu par des factions. Ce sentiment, peint sur son visage , était compris du peuple , qui aime la fierté, même contre lui. Plus le roi montrait de réserve dans ses démonstrations , plus la foule multipliait

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