‹ Histoire de la RestaurationChapitre 78 sur 193 · LIVRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME

très, pour flatter l'armée et pour introduire un élément nouveau et supposé libéral dans l'élection, avaient admis dans les comices de département les hommes décorés de l'ordre de la Légion d'honneur, milice civile et militaire de l'empereur. Les Chambres étaient convoquées pour le 24 septembre.

L'armée, sous le commandement de Davoust, se retirait et se cantonnait en murmurant, mais pacifiquement, derrière la Loire. Elle semait dans tous les départements qu'elle traversait et qu'elle occupait le remords du patriotisme et du bonapartisme vaincus et proscrits en elle. Les populations plus éloignées du théâtre et plus indifférentes aux dangers qui avaient menacé Paris attribuaient au roi et aux royalistes les revers et les rigueurs dont ils étaient innocents.

En voyant ces beaux régiments encore intacts et dont la masse, les chevaux, l'artillerie avaient l'aspect d'une force indomptable , mais triste et condamnée à l'immobilité par la trahison , les villes et les campagnes ne comprenaient pas que ces milliers de soldats , intrépides phalanges ferventes encore du fanatisme pour l'empereur, eussent reculé d'elles-mêmes devant les armées dix fois supérieures en nombre de la coalition , et livré la capitale, le trône et le sol à l'ennemi. Elles croyaient ou affectaient de croire que cette capitulation qui exilait l'armée dans leurs provinces était une lâche entente des Bourbons avec l'étranger, et une expiation de la gloire

de la France imposée par ceux qui voulaient l'avilir, la rapetisser et la désarmer pour la posséder.

Des symptômes d'insurrection militaire et d'agitation civile éclataient sous les pas de cette armée dans vingt départements. Elle semblait à chaque instant prête à entraîner les populations ou à se laisser entraîner par elles et à renouveler la guerre. Les généraux étaient en correspondance avec Paris.

Davoust, quoique résolu à se soumettre à la nécessité, maintenait à peine ses lieutenants dans le devoir. Son quartier général était une sorte de gouvernement militaire négociant avec le gouvernement civil. Encouragé secrètement dans ses exigences par les insinuations de Fouché et de ses amis , il faisait ses conditions et celles de l'armée. Il adressait au gouvernement du roi des sommations par l'intermédiaire de trois négociateurs laissés par lui à Paris , en se retirant , pour traiter des intérêts de l'armée , comme il aurait traité des intérêts séparés d'une province ou d'un Empire dans l'Empire.

Ces trois généraux étaient Gérard, Kellermann, Haxo, tous trois renommés par leurs talents et leur patriotisme. Ils transmettaient au gouvernement les vœux et l'opinion de l'armée , à l'armée les désirs plutôt que les ordres du gouvernement. On s'observait, on se craignait réciproquement. On négociait l'obéissance au lieu de l'imposer. Le maréchal Davoust ressemblait à ces généraux de Rome à la tète de légions indécises , n'obéissant qu'aux ordres qu'ils avaient imposés au sénat. Davoust cependant subissait en réalité ce rôle plus qu'il ne le briguait. Touché des malheurs de sa patrie et convaincu qu'un

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