LIVRE TRENTIÈME
renouvellement de la guerre, bien que favorable à sa popularité et à son nom, ne serait qu'une prolongation de l'agonie de la France , il s'employait , en sauvant les apparences, mais avec une sincère abnégation , à pacifier l'esprit de l'armée et à dompter par les concessions sa colère.
Ses ordres du jour d'Orléans et de Tours attestaient ces efforts pour assoupir l'animation des chefs et des soldats, a Les commissaires, disait-il aux troupes, don- » nent l'assurance qu'une réaction ne sera pas à craindre, » que les passions seront dominées, les hommes respectés, » les principes sauvés ; qu'il n'y aura point de destitutions arbitraires dans l'armée, que son honneur sera à «couvert. On en a pour gage, ajoutait-il, la nomination * du maréchal Saint-Cyr au ministère de la guerre, celle » de Fouché au ministère de la police. Ces conditions » sont acceptables. L'intérêt national doit réunir fran- »chement l'armée au roi. Cet intérêt exige quelques » sacrifices, faisons-les avec une énergie modeste. L'ar- » rnée intacte, l'armée unie, deviendra au besoin le centre » de ralliement des Français et des royalistes eux-mêmes ! » Unissons-nous, serrons-nous, ne nous séparons jamais, » soyons Français î Ce fut toujours , vous le savez , le » sentiment qui domina mon âme. Il ne me quittera » qu'avec mon dernier soupir ! »
De si nobles paroles étaient entendues de la masse de l'armée. Elle commençait à sentir sa faute et à s'affliger
des malheurs qu'elle avait déversés sur la patrie. Elle y répondait par un grand acte de repentir et de soumission, remis par les chefs de corps aux commissaires et par les commissaires au maréchal pour être envoyé par le généralissime au roi.
« Sire , » — disait cette patriotique résignation de l'armée au trône, — « pleine de confiance dans votre géné- »rosité, résolue à prévenir, en se ralliant à vous, la » guerre civile , et à ramener par son exemple ceux de » vos sujets que les circonstances auraient éloignés de » vous, l'armée se flatte que vous accueillerez sa soumis- » sion avec bonté et que, jetant un voile sur ce qui s'est » passé , vous ne fermerez votre cœur à aucun de vos » enfants. »
Cet acte honora l'armée et attendrit le roi et la France. Le lendemain, le maréchal Davoust, osant davantage, imposa à l'armée soumise le changement spontané de ses drapeaux.
« Soldats , dit-il , il vous reste à compléter l'acte de » soumission que vous venez de faire par un acte péni- »ble, mais nécessaire, d'obéissance!... Arborez le dra- » peau blanc ! Je sais que je vous demande là un grand » sacrifice !.. . Depuis vingt-cinq ans, nous tenons tous à » ces couleurs que nous avons portées... Mais ce sacrifice, » l'intérêt de la patrie nous le commande... Je suis inca- » pable, soldats, de vous donner un ordre qui serait con- » traire à l'honneur. Conservez à la patrie une nombreuse » et brave armée ! »