‹ Histoire de la RestaurationChapitre 81 sur 193 · LIVRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME

)) pas là mon affaire! » Il avait raison; résister était impossible , supplier était lâche , gémir était humiliant : il n'y avait qu'à se taire et à détourner les yeux.

Mais les alliés, une fois en masse dans Paris et couvrant successivement les provinces de leurs corps d'armée, imposaient des subsides, frappaient les villes et les campagnes de réquisitions de toute nature , spoliaient pour l'usage de leurs corps les caisses publiques, opprimaient, épuisaient, dévastaient les foyers des riches et des pauvres. Les Prussiens surtout, soit qu'ils eussent plus à venger des démembrements et des spoliations de leur patrie, soit que ce peuple, plus soldatesque que les autres races germaniques, ait dans sa nature plus de cette âpreté de l'oppression et de l'exaction qu'on contracte dans les camps, se signalaient, comme en 1814, par des sévices et par des brutalités qui rendaient leur occupation plus redoutée et leur nom plus odieux en France, Ils avaient imposé cent millions en argent à la ville de Paris le jour de leur entrée. Les préfets nommés par le roi, les maires des villes et des villages, ne pouvaient couvrir leurs départements, leurs villes et leurs villages, contre leurs exigences insatiables et leurs déprédations. Us traitaient la France, quoique réconciliée par la convention de Saint-Cloud et par la présence du roi, en pays conquis. Ils ne voyaient pas en elle le royaume d'un roi, leur allié, mais la dépouille de Napoléon, leur ennemi. Us portèrent la main sur plusieurs préfets qui osèrent leur résister avec une

courageuse indépendance; ils les firent prisonniers et les enlevèrent à leurs provinces.

Un cri unanime de douleur, de détresse et d'indignation, s'élevait vers le roi de toutes les provinces occupées par eux et par les Autrichiens moins acerbes , pour implorer sa protection ou pour menacer de l'insurrection du désespoir.

Le duc de Wellington , plus modeste dans la victoire et plus réservé dans l'occupation, contenait les Anglais hors de Paris dans une discipline respectueuse pour les foyers des citoyens et pour l'autorité du roi, qu'il voulait populariser en la rétablissant. Il agissait en allié avec Louis XVIII, après avoir agi en vainqueur avec Napoléon. Il n'outrageait pas, il consultait même souvent; il soutenait le gouvernement du roi contre les brutalités de Blùchev. Malgré ses observations , ce général menaçait de s'emparer des fonds du trésor et de porter la main sur les caisses publiques, si la ville de Paris ne lui payait pas les cent millions dont il l'avait frappée en y entrant. La présence de son roi et de l'empereur de Russie , arrivés enfin à Paris, contint les représailles du général prussien.

L'impôt de guerre à la Prusse fut réduit de dix millions sur Paris. Mais Blùcher avait pillé les manufactures d'armes de Versailles ; et des maisons particulières de cette résidence royale avaient été saccagées par ses soldats.

Pendant cette concentration des généraux en chef et des souverains à Paris, l'Europe, que le 20 mars avait

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