‹ Histoire de la RestaurationChapitre 83 sur 193 · LIVRE TRENTIEME. 1G · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIEME. 1G

Il était urgent avant tout de fixer dans un traité de paix définitif la situation de la France et du roi devant les puissances. Jusqu'à ce que ce traité fut discuté et signé, la France n'existait qu'à l'état de pays conquis, le roi n'existait qu'à l'état de commissaire officieux entre son peuple et l'Europe. M. de Talleyrand, heureux d'échapper aux difficultés du gouvernement intérieur laissé à Fouché, s'absorba tout entier dans cette négociation, principale préoccupation du roi. On reprit à Paris le congrès de Vienne, interrompu par le 20 mars et aggravé par Waterloo.

Les conférences diplomatiques entre M. de Talleyrand et les plénipotentiaires européens s'ouvrirent chez lord Castlereagh, principal ministre de l'Angleterre, à qui la déférence des souverains pour le vainqueur de Waterloo laissait la direction prépondérante des négociations. M. de Talleyrand, le duc de Wellington, lord Castlereagh, M. de Metternich, M. de Weissemberg, M. de Hardenberg, M. de Humboldt, le prince Rasoumowski, M. de Nesselrode, M. Capo d'Istria, M. de Gentz, publiciste allemand, M. Pozzo di Borgo, et quelques-uns des généraux les plus versés dans le secret politique de leurs cabinets respectifs s'y réunissaient plusieurs heures chaque jour.

On commença par régulariser par des conventions les exigences arbitraires jusque-là, et les départements assignés aux différents corps d'armée sur le territoire. On

délibéra ensuite sur le sort de Napoléon, qui était encore alors en indécision dans les rades britanniques. Il fut déclaré prisonnier de guerre de l'Europe, sa garde remise à l'Angleterre, son séjour fixé à l'île Sainte-Hélène. La paix entre la France et l'Angleterre fut à l'instant rétablie. La Grande-Bretagne n'ayant déclaré la guerre qu'à Napoléon seul , il emportait avec lui la cause de guerre.

M. de Talleyrand , pour caresser un noble sentiment d'humanité dont l'Angleterre avait pris l'initiative sous l'inspiration religieuse de Wilberforce et de ses philosophes, admit, au nom de la France, le principe de l'abolition de l'infâme commerce des noirs.

On se demanda ensuite si les alliés avaient fait la guerre pour la conquête ou pour le rétablissement pur et simple de l'ordre européen, troublé par Napoléon. Les grandes puissances, plus généreuses, consentirent à admettre ce principe. Les petites, plus envieuses et plus ambitieuses, le contestèrent. Les Pays-Bas demandaient la restitution de l'Alsace , de la Lorraine, de la Flandre et de l'Artois à leurs anciens possesseurs. « La con- » quête, disaient-ils, a le droit de revenir sur la con- » quête. »

La Prusse appuya les Pays-Bas par l'organe de M. de Humboldt. Elle exigeait la cession de Montmédy, Metz, Sarrelouis, Thionville.

M. de Metternich demandait au nom de l'Autriche

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