‹ Histoire de la RestaurationChapitre 84 sur 193 · LIVRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME

une indemnité territoriale, une garantie de sécurité permanente, une forme de gouvernement conciliable avec Jes gouvernements limitrophes, des mesures de police militaire momentanées pour réprimer les tentatives de l'armée.

Le roi de Sardaigne revendiquait la Savoie , laissée à la France par le traité de 1814. L'Angleterre et la Russie ne demandaient rien.

On se réduisit, sur leur représentation amicale, à exiger la démolition d'Himingue, une indemnité de six cents millions pour frais de guerre, de deux cents millions pour construire des places fortes nouvelles contre les agressions futures de la France, une occupation pendant sept ans d'une zone française par cent cinquante mille hommes de la coalition, entretenus aux frais de la France , et commandés par un général nommé de concert par les alliés ; enfin un démembrement important du côté du Nord, au profit des Pays-Bas, par la cession de Coudé, Philippeville, Givet et Maubeuge.

M. de Talleyrand s'appuyait sur la bienveillance impartiale de lord Wellington pour combattre l'exagération inique et injurieuse de ces conditions. Le roi agissait lui-même personnellement dans des entretiens particuliers auprès de l'empereur d'Autriche, du roi de Prusse, de l'empereur Alexandre surtout, le plus généreux et le plus influent des princes de la coalition. Il faisait agir de plus sur le cœur de ce prince l'influence mystique de

madame de Krudener, cette sibylle chrétienne, qui remplaçait dans l'âme de l'empereur de Russie les ambitions humaines par des aspirations religieuses à la fondation d'un ordre intellectuel et moral en Europe.

Lord Wellington et l'empereur Alexandre intercédèrent noblement pour que l'Europe n'abusât pas trop sévèrement de la victoire contre un prince innocent de l'attentat de Napoléon, et contre une nation subjuguée par son armée , qui avait subi plus que conspiré cet attentat. L'ultimatum des puissances, auquel la Russie et l'Angleterre crurent devoir adhérer par égard pour leurs alliés plus que par exigence contre la France, fut couvé entre elles, et caché, pendant plus d'un mois, à M. de Talleyrand et au roi.

Il éclata enfin au commencement de septembre. Il était écrasant pour le roi. C'étaient les conditions à peine adoucies que nous avons énumérées plus haut : un démembrement partiel , une amende d'un milliard , une occupation de sept ans , la France rachetée du partage par le désarmement, la ruine, la honte, et le rachat signé par un roi qui, en rachetant son pays, semblait ainsi racheter son trône aux dépens de son peuple.

Louis XVIII versa en secret des larmes amères. Il cacha mal son désespoir à ses familiers. « Ma place, s'é- » criait-il souvent , serait à Hartwell ou à l'armée de la » Loire. Mes alliés me perdent en affectant de me sau- » ver. » Si ce prince eût écouté ce noble désespoir de son âme , et s'il eût remis aux alliés un trône trop cher au prix qu'on lui demandait, il eût perdu ce trône pour quelques jours peut-être ; mais l'Europe embarrassée et la France émue lui auraient rendu son royaume à de

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