‹ Histoire de la RestaurationChapitre 87 sur 193 · LIVRE TRENTIEME. 1G · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIEME. 1G

beauté, M. d'Avaray et M. cle Blacas avaient été des témoignages de cette obstination dans ses amitiés. M. d'Avaray, qui justifiait ce sentiment par sa grâce et par sa douceur; M. de Blacas, qui le justifiait par sa fidélité, lui avaient été enlevés, l'un par la mort, l'autre par l'impopularité à laquelle il avait fallu le sacrifier, à moins de renoncer au trône.

Madame de Balby existait encore , mais elle avait vieilli, et des ressentiments intimes, nés dans l'émigration, semblaient l'avoir éloignée pour toujours de la cour et du cœur du roi. Il n'avait donc aucune amitié domestique dans ce palais où il avait autrefois répandu son âme et son esprit sur des confidents aimés, de ses peines de cœur, de ses ambitions politiques, de ses travaux littéraires. Il ne pouvait pas retrouver dans la famille dont il était entouré ces amitiés, ces sûretés de confidences, ces épanchements. Il croyait être et il était, en effet, très-supérieur d'intelligence et de vues aux membres de sa maison.

Il aimait beaucoup sa nièce, madame la duchesse d'Angoulême, mais elle était froide, réservée, contenue et élevée dans l'horreur, bien naturelle à la fille de tant de chères victimes , contre ces pactes et ces transactions avec la révolution et les hommes de la révolution que le roi était forcé de justifier par la politique et de subir. Sa présence lui était souvent un reproche muet , surtout depuis qu'il avait MM. de Talleyrand et Fouché dans ses conseils. On n'aime pas longtemps ce que l'on redoute.

Son neveu, le duc d'Angoulême, lui était plus agréable par la gravité modeste, l'attitude de disciple respec- V. 10

tueux de sa sagesse sur le trône, la douceur et l'obéissance de son caractère. C'était, disait-il, son Germanicus. Mais l'intelligence du duc d'Angoulême, moins élevée que son âme , était trop inférieure à celle de son oncle pour que le roi pût faire de ce neveu une société d'esprit.

Le duc de Berry , son autre neveu , était spirituel et brave ; mais léger , brusque , emporté , par la passion de son âge et par l'oisiveté de sa vie, vers les plaisirs. Le roi le laissait jouer avec ses goûts militaires et avec ses caprices de cœur ; il en faisait, disait-il, l'Alcibiade de sa dynastie , il le livrait à l'admiration et à la malignité de la jeunesse.

Les princes de la maison de Condé étaient, ou surannés , ou nuls , relégués avec quelques vieillards et avec quelques femmes dans leur cour posthume , dans leurs chasses et dans leurs festins de Chantilly.

Le duc d'Orléans aurait eu plus de conformité de vues, plus d'égalité d'esprit avec le roi, plus d'attrait pour ses opinions ; mais il était pour la maison royale un souvenir vivant de son père si funeste à la famille de Louis XVI, et, de plus , il était suspect de caresser l'espérance d'une usurpation personnelle. On n'aime pas un rival , on ne se confie pas à un compétiteur de la couronne. Le duc d'Orléans était pardonné, comblé de grâces, doté d'apanages, de faveurs et de richesses ; mais il était tenu à distance, autant par le soin de sa propre popularité que par la prudence politique du roi.

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