‹ Histoire de la RestaurationChapitre 88 sur 193 · LIVRE TRENTIÈME. 17X · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME. 17X

Restait le comte d'Artois, frère et successeur éventuel du roi sur le trône; le roi l'aimait, malgré son infériorité d'intelligence, et peut-être à cause de cette infériorité même qui l'empêchait de le craindre. Il y avait de l'amitié dans la parenté. Sûr du cœur de ce frère qui avait partagé ses exils et ses mauvais jours, il voyait en lui un témoin de ses premières splendeurs, un survivant de l'ancienne cour, un compagnon des mêmes adversités; mais il n'avait avec le comte d'Artois que ces liens de sang, de cœur, de souvenirs, de communauté, de fortune. Les opinions séparaient les deux frères; si l'on peut appeler opinion chez le comte d'Artois des habitudes d'esprit, reçues toutes faites de la naissance, nourries par le préjugé et l'irréflexion de la première jeunesse , conservées dans l'âge mûr par la fréquentation exclusive des exilés de la noblesse et de l'Église les plus irréconciliables avec l'esprit nouveau , et rapportées de l'exil dans le palais pour être exploitées par tous les flatteurs de vétustés et tous les artisans d'intrigues.

Ce prince, depuis son retour de Gand, bien qu'il n'eût pas murmuré trop haut à Arnouville contre la prostration de Louis XVIII, contre la nécessité de Fouché, avait repris, aussitôt après la rentrée du roi aux Tuileries,

l'entourage de meneurs royalistes et les habitudes d'opposition sourde au gouvernement de son frère, qui faisaient de lui la consolation de la vieille cour, l'espérance des ambitions de l'aristocratie ou de l'Église, l'instrument involontaire des hommes indifférents à ces deux causes, mais qui les flattaient pour se grandir.

L'aile droite du château des Tuileries , appelée le pavillon Marsan, était l'habitation du comte d'Artois et le foyer de cette petite cour émigrée au milieu du pays de la révolution. L'homme politique de cette faction intestine du palais était de nouveau M. de Vitrolles. M. de Yitrolles avait servi en 1814 à porter les paroles de M. de Talleyrand au comte d'Artois. Il avait noué avec plus de zèle que d'utilité réelle les fils de quelques intelligencesventre les bonapartistes désaffectionnés, les diplomates étrangers et le prince, pour une restauration qui ne dépendait pas du succès de ces petites trames , mais de la défaite ou de la victoire de Napoléon. Il s'était de nouveau insinué après Waterloo dans la confidence de Fouché, et il avait été le négociateur officiel ou officieux des avances de ce ministre au roi et aux princes. Ce dernier service avait semblé lui donner un titre de plus à la confiance et à la reconnaissance du comte d'Artois. M. de Vitrolles n'avait évidemment d'autre politique que son esprit insinuant et son zèle royaliste ; car il avait été le premier à mêler la cause de la monarchie pure à l'intrigue pleine de concessions constitutionnelles du parti de M. de Talleyrand, dont il était l'agent volontaire en 1814, et il venait de mêler en 1815 la cause de la monarchie pure à l'intrigue pleine de concessions révolutionnaires et de compromissions avec le cabinet de Fouché,

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