‹ Histoire de la RestaurationChapitre 89 sur 193 · LIVRE TRENTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIEME

dont il avait également reçu, porté et rapporté les confidences.

Mais M. de Yitrolles avait sur tous ces hommes anciens, qui entouraient le comte d'Artois au pavillon Marsan, l'avantage d'un homme jeune, actif, resté en France , mêlé à tout , sur des hommes dépaysés qui ne savent sur qui s'appuyer dans un pays politique inconnu. Le prince avait besoin de lui pour lui servir d'œil , de langue, de main dans ces ténèbres du monde révolutionnaire qu'il avait la prétention de sonder et de percer. A peine M. de Talïeyrand et Fouché régnèrent-ils seuls dans le cabinet formé par le roi à Arnouville, que cet entourage du comte d'Artois, relégué dans l'inactivité et mécontent de son annulation politique , conspira contre le ministère et commença à ourdir des plans politiques et à désigner des ministères, par lesquels ce parti d'hommes anciens ou d'hommes nouveaux fervents d'intrigues, sauverait, disait-il, la monarchie contre le roi.

Les hommes principaux de cette opposition naissante de palais, dont M. de Yitrolles était l'âme et le mouvement , comptaient parmi eux dans cette cour M. d'Ambray, chancelier inactif de 1814; M. Ferrand, renommée factice que le royalisme avait créée pour se simuler un publiciste à lui, bien que Bonaparte eût également pris à son compte et à sa solde les principes de despotisme superstitieux de M. Ferrand;

M. de Fontanes, plus éclairé, mais brûlant de se faire

pardonner ses faiblesses pour l'empereur par la pureté et par l'ardeur de son royalisme;

Le duc de Lévis, homme d'ancienne cour, esprit honnête, délicat, studieux , lettré, mais de constitution trop frêle pour porter le poids d'une politique;

M. Bourrienne, transfuge spirituel du cabinet de l'empereur dans celui des princes, ses ennemis, ayant le zèle désespéré des transfuges;

M. Alexis de Noailles, jeune homme d'un grand nom, d'un généreux courage , d'une activité qui égalait son zèle, qui s'était signalé par la témérité de sa foi contre les persécutions de l'Église et de son pontife par l'empereur, et qui s'était jeté, un des premiers, les armes à la main, en 1814, au-devant du comte d'Artois et de la monarchie de ses pères ;

Enfin M. de Chateaubriand , revenu mécontent de Gand , se sentant par son génie au niveau des grands rôles politiques, ne dédaignant pas la fortune dans l'ambition , exclu des affaires par l'horreur qu'il avait osé témoigner contre Fouché, par l'indifférence de M. de Talleyrand, qui ne l'appréciait pas assez haut, et par la répulsion instinctive de Louis XVIII, qui ne l'aimait pas. Les princes, grandeurs de convention, sont jaloux, à leur insu, du génie, grandeur de la nature. On ne peut trouver d'autre motif à cette aversion de Louis XVIII pour M. de Chateaubriand, qui s'était dévoué à ce prince jusqu'à la calomnie contre Bonaparte, et qui ne demandait qu'à se river à lui par tout son dévouement et toutes ses ambitions de renommée et de pouvoir.

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