LIVRE TRENTIÈME
Dans ce camp d'opposition se trouvaient encore d'autres hommes inférieurs en renommée, tels que M. Laborie, le collègue et l'ami des MM. Bertin au Journal des Débats, homme universel pour flairer une intrigue et pour rapprocher les fils qui doivent la nouer;
M. de La Maisonfort, esprit léger, mais étincelant, qui jouait au besoin la gravité, suspect d'intrigue pendant l'émigration , aux yeux de Louis XVIII , avec Fauche-Borel , et d'autres agents officieux de négociations supposées pour se donner de l'importance. M. de La Maisonfort s'était confié au comte d'Artois , plus crédule, plus enveloppé d'entremetteurs. Il avait écrit, en 1814, une brochure royaliste, qui avait disputé avec celle de M. de Chateaubriand l'enthousiasme des amis des Bourbons. Rentré en France avec les princes, et inconnu aux hommes nouveaux, on le croyait un oracle politique; il n'était qu'un esprit enjoué, un courtisan de la cour de Charles II ;
MM. de Polignac, élevés dans la cour du comte d'Artois, souvenirs vivants de sa jeunesse, hommes d'honneur et de dévouement jusqu'au fanatisme, trop jeunes encore pour qu'on pût préjuger leur importance politique ; M. de Juigné, M. de Bruges, M. de Boisgelin : aucun des hommes de cette cour et de ces opinions n'était de nature a offrir à Louis XVIII le favori dans lequel il pût reposer à la fois sa politique, son esprit et son cœur. Le hasard le lui présenta.
Nous avons raconté que , la veille de l'entrée du roi dans Paris, le conseil des ministres, cherchant un préfet de police audacieux , intelligent et sûr pour dissoudre les Chambres, apaiser les murmures du peuple, aplanir et assurer la route de Louis XVIII d'Arnou ville aux Tuileries , avait nommé à ces fonctions M. Decazes. Nous avons dit avec quelle ardeur de servir, et avec quelle résolution d'esprit et de main ce jeune homme avait brigué de Fouché, son supérieur à la police, l'honneur et la responsabilité de ce hasard. Depuis ce jour, M. Decazes avait redoublé de zèle, éclairé le gouvernement, déjoué les restes des factions, bien mérité du ministère, et plus encore du roi et des royalistes.
Le préfet de police, par la nature importante, mais subordonnée de ses fonctions, ne voyait pas le roi. Il remettait son travail au ministre de la police, qui entretenait le prince au conseil. Mais une tentative imaginaire d'empoisonnement de l'empereur Alexandre ayant alarmé un instant les aides de camp de ce prince à l'Elysée, et M. Decazes ayant, en sa qualité de directeur de la police, à approfondir cette affaire et à en démontrer la puérilité , le roi, inquiet des rumeurs que cet événement soulevait dans Paris, et voulant témoigner à l'empereur Alexandre toute la sollicitude qu'il prenait à la sûreté d'un hôte si auguste, fit appeler M. Decazes pour recevoir de sa bouche les détails de cet événement.
La figure du jeune préfet de police, son attitude à la