‹ Histoire de la RestaurationChapitre 97 sur 193 · LIVRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME

suivis dans la complicité des cent-jours et à qui il avait tant de fois promis l'amnistie. Il n'en fit rien. L'ambition, qui lui avait fait accepter comme une gloire les apparences de la trahison, lui fit accepter comme une nécessité le rôle de proscripteur de ses complices. Il sentit qu'il n'y avait déjà plus de retraite possible derrière lui et plus d'asile que dans le pouvoir. Son passé l'entourait de toutes parts et le condamnait à ne plus rien refuser aux royalistes : proscripteur pour eux , ou proscrit par eux ; il prêta sa main.

Il apporta au conseil, le lendemain, une liste de cent dix noms choisis , une partie par la clameur publique , l'autre partie parmi des hommes que l'insignifiance au l'obscurité de leurs cdmes protégeait contre l'honneur de la proscription. Toutefois il n'avait montré dans ce premier choix aucune faiblesse personnelle. Tous ses complices des cent-jours, bonapartistes, orléanistes, ministres, collègues , représentants de son parti , égaux ou subordonnés, généraux, maréchaux, agents de sa police, exécuteurs de ses ordres , vêtaient. Lanjuinais, Diesbach, Flaugergues, Carnot et Caulaincourt fermaient la liste. Il s'était libéralement exécuté. Il n'y manquait que son nom.

Le roi et les ministres n'eurent qu'à rabattre des rigueurs de Fouché et à éliminer des noms que l'innocence, l'indulgence ou la faveur désignaient au pardon. Louis XVIII effaça de sa main celui de Benjamin

Constant, l'empereur Alexandre celui de Caulaincourt. La liste ainsi limitée aux noms les plus notoirement compromis fut réduite d'abord à quatre-vingts , puis à trente-sept.

Pendant ce ballottage, qui dura plusieurs jours , Fouché, autorisé autant par le roi que par sa propre répugnance à saisir ceux qu'il désignait, les fit avertir, en vit un grand nombre, et leur distribua ou leur offrit les déguisements , les passe-ports , les moyens d'évasion , et même les sommes nécessaires à leur séjour à l'étranger. Cinq ou six cent mille francs de la caisse de la police furent distribués par lui à ceux qu'il voulait moins proscrire que sauver. Les plus obstinés ou les plus téméraires seuls tombèrent plus tard dans les mains des exécuteurs de ces ordres.

La raison d'État seule avait écrit par la main du roi et par la main du ministre le mot proscription. Le vrai but du conseil était l'éloignement des proscrits pour donner satisfaction non à la vengeance , mais à la clameur publique. Le roi ne voulait pas de victimes, l'Europe ne demandait pas de sang.

SLI.

L'acte de proscription portait :

« Voulant, par la punition d'un attentat sans exemple, » mais en graduant la peine et en limitant le nombre » des coupables, concilier l'intérêt de nos peuples, la cli- » gnité de notre couronne et la tranquillité de l'Europe » avec ce que nous devons à la justice et à l'entière se-

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