LIVRE XIV. — LA SESSION DE 18«5. m
ouvertures au cabinet des Tuileries après le succès de la guerre d'Espagne; mais comme ses propositions n'avaient pas de caractère déterminé et qu'il voulait garder pour lui toute l'initiative, elles ne purent être accueillies qu'avec une extrême réserve.
En 1825, les Grecs, voyant la Morée envahie une fois de plus et n'espérant plus obtenir de succès décisi&, cherchèrent à obtenir de l'Europe un appui plus sérieux que des encouragements bruyants et le concours isolé de quelques volontaires. Ils songèrent à se donner un prince, et ils jetèrent les yeux sur Léopold de Saxe-Gobourg ou sur un desfils du duc d'Orléans. Maurocordato jugea qu'il serait plus utile de demander le protectorat de l'Angleterre, et ce parti prévalut dans le conseil. La démarche jFut.&ite à Londres au mois de juillet. Ganning, moins aventureux dans ses actes que dans ses paroles, déclina la proposition et engagea les envoyés du gouvernement insurrectionnel à solliciter la médiation commune des grandes puissances.
Alexandre n'avait cessé de se plaindre des ministres anglais, particulièrement de Ganning qu'il traitait de révolutionnaire. Il se ravisa tout à coup et of&it au cabinet de Londres de lui abandonner la direction des afiEsiires d'Orient, tant il était urgent de mettre un terme à l'extermination des Grecs. Ganning hésita d*abord, puisaccepta, bien qu'en s'en défendant, le rôle qui lui était offert ; il entreprit d'amener les autres cabinets à seconder ses vues, sans pourtant prendre d'engagements et en réservant sa liberté d'action.
Villèle, qui, de son côté, ne voulait pas se lier, se
ns HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
tint sur une expectative prudente. Il se contenta d*en« Yoyer des croisières dans les mers de Grèce. Les philhellènes, qui étaient nombreux en France etqui appartenaient à tous les partis, se récrièrent contre ce qu'ils appelèrent une politique inerte et timide. Les ennemis du ministère y virent un nouveau sujet d'accusation contre lui, et Chateaubriand, qui ne manquait jamais d'attacher son nom aux causes généreuses, saisit avec empressement cette occasion nouvelle d'opposition et de popularité.
Mais la phase peu prévue dans laquelle venait d'entrer la politique orientale dura peu. Alexandre était atteint d'une maladie lente, et il avait l'imagination frappée. Au mois de septembre, il alla chercher le repos sous un des climats les plus doux de la Russie, à Tangarog, au bord de la mer d'Azof. Il n'y trouva pas la santé; son mal s'aggrava^, et il mourut le 1*' décembre. Cette mort produisit un grand effet dans toute TEurope. C'était le dernier coup porté à la Sainte- Alliance déjà fort ébranlée et qui n'existait plus que par lui. L'accord, si difficile à établir, entre les puissances allait être soumis à de nouvelles épreuves. La question grecque, non résolue, retombait dans les complications dont elle avait paru sortir.
Alexandre laissa généralement des regrets, à Paris surtout, où sa conduite en 1814, si différente de celle des autres souverains, lui avait valu une sorte de popularité, et où Ton s'en exagérait le désintéressement.
IX. A Tintérieur, une autre guerre était ouverte entre les ultramontains et les libéraux. Les ultramon-