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LIVRE XV. — LA SESSION DE 18Î

merce, qui, dans un article publié deux mois auparavant, avait demandé le renouvellement de la Chambre, la disant composée de courtisans et de commis. Salaberry, Fauteur de la motion, soutint que la Chambre devait venger sa dignité outragée, surtout après Tarrét de la cour de Paris, qu^il qualifia sévèrement. On ob* jectaqu^il faudrait, pour poursuivre les articles, les réimprimer, ce qui donnerait plus de gravité au délit et ne servirait qu'à « propager le venin » . Mais la droite insista pour que la Chambre, en tant que corps et en tant que pouvoir, se fit respecter. L'opposition contesta que la dignité de FAssemblée fût réellement compromise, et se plaignit de la campagne systématique entreprise contre la liberté de la presse. Royer-CoUard combattit la motion avec une aigreur inaccoutumée. Sébastiani, élu par le collège de Yervins en remplacement du général Foy, parut s'inspirer des souvenirs de son prédécesseur ; il fit en réalité à la Chambre son procès, tout en déclarant qu'il ne le lui ferait pas. Labourdonnaye prit avec sa violence ordinaire le parti du journal incriminé ; il soutint que le ministère, dont les journaux renfermaient tous les jours des articles non moins inconvenants, voulait écraser l'opposition. Le procès eut lieu , et Ton entendit une plaidoirie de Tavocat Barthe, qui défendit le journal avec autant de malignité que d'habileté. La majorité voulait une condamnation, mais elle se contenta d'appliquer le minimum de la peine (le 28 février) .

On passa ensuite à l'affaire de Saint-Domingue. L'arrangement conclu était si avantageux à tous les points de vue que la commission l'approuva pleine-

menty et ne contesta que le terme de t;raité, Saint- Domingue n'étant pas une puissance reconnue.

Cependant Agier et l'opposition de droite le critiquèrent avec vivacité et avec aigreur, en soutenant que le domaine était inaliénable et que nulle aliëiuition ne pouvait avoir lieu sans le concours des Chambres; que les Haïtiens étaient des esclaves révoUét, dont il fallait exiger préalablement la soumission an Roi. De Bertier, Hyde de Neuville présentèrent des plans de campagne qu'ils disaient d'une exécution bcile pour reprendre une lie rebelle, et exposèrent les idées les plus aventureuses, pour ne pas dire plus, sur la politique que la France devait suivre en Amérique. Un argument plus sérieux était le manque de garais ties pour l'exécution de la convention, et la difficulté qu'éprouverait le gouvernement haïtien à payer avec ses fiaiibles ressourcés annuelles une dette de 1 50 millions.

Gautier, négociant de Bordeaux, et Frénilly réfutèrent ces critiques avec beaucoup de netteté et de talent. Gautier dit que la souveraineté de Saint-Domingue et la propriété des anciens colons de l'Ile étaient également perdues, et depuis longtemps; que ce serait folie de sacrifier des trésors et des milliers de Français, de braver l'Europe et de faire une guerre d'extermination aux Haïtiens, pour une conquête qui serut inutile et suivie d'immenses embarras ; que la conveft* tion était l'unique moyen d'indemniser les colons et de rendre à la France le commerce de l'fle, envahi déjà par l'Angleterre. Frénilly prouva que le Hoî n'avait fait qu'user de sa prérogative en la signant;

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