LIVRE XV. — LA SESSION DE 18Ï6. î
III. L'arrêt de la cour de Paris avait froissé les évéques. Ils y répondirent par plusieurs mandements. Celui de Tévéque de Nancy fut un des plus yifs. Il fut déféré à la cour de Nancy, qui ne prononça aucun blàme, mais saisit l'occasion de kàre une déclaration contre les congrégations.
Deux écrits, qui avaient paru en même temps au mois de février, rallumèrent la guerre : le Mémoire à consulter, de Montlosier, et la deuxième partie de Tourrage intitulé : la Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et social, par Lamennais.
Montlosier, toujours agité malgré son âge, et l'esprit troublé par la popularité de ses derniers écrits , dénonça une conspiration ourdie, suivant lui, par cent trente députés, appuyés sur la Congrégation, le parti ultramontain et le parti prêtre, qu'il accusait d'avoir des ramifications dans l'administration, et d'employer comme armes l'intimidation et l'espionnage. Il prétendait déchirer tous les voiles; il déclarait en termes formels « qu'on compromettait la monarchie au lieu de pourvoir à sa sûreté, et qu'un peuple libre ou asservi s'indigne toujours de l'asservissement de son chef » . II réclamait, comme remède, l'exécution des édits qui avaient prononcé l'expulsion des Jésuites, celle des lois existantes destinées à réprimer les empiétements de l'Église, et l'obligation d'enseigner dans les séminaires les articles de 1682. L'effet produit fut d'autant plus grand que Montlosier, vieux champion de la monarchie et même de l'ancien régime, avait été en 1790, un des défenseurs
les plus ardents du clergé contre la constitution civile. D'ailleurs, si ses assertions étaient discutables et ses idées incohérentes, il expliquait clairement les diffi* cultes que le clergé créait à la Restauration et qu^un changement de ministère serait insuffisant à résoudre. La France ne pouvait espérer ni ordre ni repos tant qu^elle serait dans cet état d'anarchie.
Lamennais, très-supérieur comme écrivain, avait plus de hauteur dans les idées et une autre vigueur de conception. Il attaquait l'asservissement de l'Église à l'État et la prétention manifeste des gallicans de faire de la déclaration de 1682 une loi de l'État, quand tout était changé depuis Louis XIV. Mais il ne se contentait pas d'exiger que l'Église fûtarrachée à cet asservissement; il voulait qu'elle dominât, et il développait hardiment un système de pure théocratie. Il voulait « la papauté chargée par le Christ d'imposer aux peuples l'obéissance légitime, aux rois un goaveniement plein de respect pour la liberté des peuples, et décidant entre eux souverainement, quand un litige s'élevait » . II mettait donc la souveraineté dans l'ÉglisCy et ce point établi, il mettait l'Église en état d'agression et de provocation contre la société moderne.
Son livre, absolu dans le fond, éclatant dans la forme, écrit d'un style tranchant, énergique et parfois déclamatoire, était rempli d'idées saisissantes et de prédictions sinistres. Peu soucieux de fournir des armes à ses adversaires, il jouissait de soulever leurs colères. II foulait tout aux pieds, les choses et les hommes. Sa passion était dure et haineuse, son or-