LIVRE XV. — LA SESSION DE i8ï6. 2A
gueil démesuré. Partout il voyait ranarchie et Tathéisme, double produit des libertés modernes, et surtout de la liberté de conscience. Pour lui, les gens de bien étaient volontairement aveugles, le pouvoir était complice du mal , le monde n'était que corruption, dégradation, bassesse'. L'Église de France, privée de ses droits, était tourmentée, garrottée par le ministère, et il appelait sur elle la malédiction divine. Il oubliait, comme on Ta dit, que les apôtres, au lieu de décrier les gouvernements, travaillaient à convertir les peuples*.
Plusieurs éditions de ces deux ouvrages furent rapidement enlevées. Les journaux firent écho et augmentèrent le bruit. Il y eut quelques réserves : dans le camp philosophique, de la part du Globe, qui affecta de prendre une attitude indépendante ; et dans le camp religieux, de la part du Correspondant, qui prouva sagement que le clergé ne devait être ni serviteur ni mattre. Mais il arriva, comme dans toutes les polémiques, que le succès fut aux plus violents.
Le gouvernement, attaqué de deu)c côtés, était à peu près forcé d'intervenir. Il voulut d'abord que le clergé se prononçât sur des doctrines qui le compromettaient et qu'il était loin de partager. Le 12 avril, une déclaration signée par quatorze archevêques et évêques exposa qu'à côté des doctrines d'impiété et de licence, des attaques d'une nature différente pouvaient amener de nouveaux périls pour la religion et
1 Sa correspondance particulière accuse plus encore que ses autres écrits le trouble permanent de son esprit.
^Thureau-Dangin, ie Parti libéral sous la Restauration,
pour rÉtat. Les prélats signataires se prononcèrent contre « Topinion constamment repoussée par le clergé de France, qui rendrait les souverains dépendants de la puissance spirituelle, même dans Tordre politique » . C'était renouveler Tarticle premier de la déclaration de 1682, en le dégageant de ce qu'il avait de contestable et de suranné. D'autres prélats donnèrent leur adhésion avec des explications et des réserves. Quelques-uns la refusèrent, entre autres Tarchevéque de Paris, de Quélen, qui se contenta de s'exprimer en termes d'une grande généralité. Ainsi, la démarche n'eut pas tout l'effet qu'en attendaient les ministres.
Ils ne crurent pas devoir se borner là. Us prirent, le 26 mars, la double résolution de frapper Montlosier, en lui enlevant une pension qu'il touchait sur le ministère des afEaires étrangères, et Lamennais, en le citant devant le tribunal correctionnel de la Seine, pour attaque contre le gouvernement du Roi et les lois existantes. Lamennais se fit défendre par Berryer, qui plaida l'incompétence absolue du tribunal civil sur des matières touchant au spirituel, et la nullité de la déclaration de 1682. II soutint que les quatre ai^ ticles et les propositions qui en ressortaient étaient des opinions contre versabl es et que le gouvernement n'avait nul droit d'imposer. Il ne les imposait pas aux dissidents ; pouvait-il les imposer aux catholiques sans attenter à la liberté de ces derniers ? Devait-il établir pour eux seuls une religion politique ? La mise en accusation était-elle autre chose qu'une entreprise du pouvoir civil en matière de religion?