LIVRE XV. — LA SESSION DE 18J6. t
Le tribunal acquitta Lamennais sur le grief d'attaque contre le Roi, mais le jugea coupable d'avoir attaqué les lois de TÉtat, dont la déclaration de 1682 faisait partie, et le condamna au minimum de la peine, c'est-à-dire à une amende de trente francs. Le jugement était assez raisonnable. Il ne satisfit personne, ni le parti religieux, parce que Lamennais était condamné; ni les partisans de la déclaration de 1682, parce qu'elle sortait de ce débat judiciaire très-meurtrie ; ni les libéraux, parce qu'ils trouvaient la peine dérisoire. Si les ministres, et Frayssinous en particulier, que Lamennais ne cessait de prendre personnellement à partie, avaient gagné leur cause, c'était dans une mesure si faible qu'on pouvait prendre leur victoire pour un échec. Ils n'avaient réussi qu'à attiser le feu au lieu de l'amortir.
Le choix d'un gouverneur et d'un précepteur pour le duc de Bordeaux augmenta les préventions des libéraux. Le gouverneur, Rivière, ami personnel du Roi, était affilié à la Congrégation, et le précepteur, Tharin, évéque de Strasbourg, était l'auteur d'an mandement récent et très-vif en faveur des Jésuites.
Un autre débat judiciaire eut, dans le même temps, un grand retentissement de même nature. Le journal r Étoile ayant attaqué la mémoire de la Ghalotais, les héritiers du fameux procureur général l'actionnèrent. Ils furent déboutés de leur plainte, mais le procès fournit à l'un des avocats, Bernard de Rennes, l'occasion d'un plaidoyer en règle et tout d'actualité contre les Jésuites.
La part trop ostensible que le Roi et la cour pre-
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naient aux cérémonies du jubilé, et leur assistance à des processions répétées, contribuaient encore à inquiéter un public mal disposé. La principale de ces cérémonies eut lieu le 3 mai pour la pose de la première pierre d'un monument expiatoire sur la place Louis XVL Un nombreux clergé, que suivaient le Roi, les princes, les grands corps de l'État et Tétat-major de Tarmée, défila sous les yeux d'une population immense, a La tenue et les démonstrations furent convenables. Au fond, TeBFet fut nuisible; Taspect du peuple laissait pénétrer les pensées qui agitaient son esprit. Nous suivions à peu de distance le Roi et pouvions bien en juger. On aurait lu dans tous les yeux que la population souffrait de voir son roi suivant humblement les prêtres. Il y avait moins d'irréligion que de jalousie et d'animosité contre le rôle que jouait le clergé. » C'est Yillèle qui en juge ainsi dans ses notes personnelles , et son témoignage est significatif.
IV. Après une discussion de douanes sans intérêt particulier, la Chambre examina une convention de navigation signée avec l'Angleterre et qui modifiait sur un point le tarif douanier. Casimir Périer posa le 17 avril la question de savoir si une convention de ce genre pouvait être un acte simple de la prérogative royale et ne devait pas être votée par les députés. Le directeur général Saint-Cricq observa qu'il ne s'agissait que d'un dégrèvement. Villèle représenta l'impossibilité de faire participer les Chambres à la conclusion des traités. Royer-Collard soutint qu'un tel principe ne pouvait être admis sans réserves; que le mot traité ne