‹ Histoire de la RestaurationChapitre 12 sur 256 · LIVRE XI. — MINISTÈRE VILLÉLE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — MINISTÈRE VILLÉLE

avec les idées des hommes de gouvernement qui formaient à la pairie un parti d'opposition très-sérieux, très-fort, et bien au-dessus des passions qui animaient les députés de la gauche. Les royalistes, dans leur dépit, ne voulurent voir là qu'une rancune des anciens ministres, et un faux libéralisme enté sur les souvenirs de TEmpire et de la Révolution. En cela ils commirent une erreur fatale.

Les ministres, que les attaques des députés de la gauche avaient fortifiés, se sentirent atteints par celles de la pairie. Glermont-Tonnerre défendit le cabinet bien plus que la loi. Il affirma que le parti qui gouvernait ne voudrait ni ne pourrait jamais sortir de la constitution. Les orateurs de la droite s'efforcèrent également de repousser le procès de tendance qui leur était fait.

Broglie s'exprima en termes d'une grande netteté : « Nous ne provoquons pas, dit-il, à la révolte; nous provoquons à la réflexion. Nous voulons arrêter de périlleuses tendances. » Et dans un discours trèsétudié, il constata que les auteurs du projet ne s'étaient pas bornés à aggraver les sévérités de la loi de 1819; qu'ils en avaient surtout détruit les garanties, laissant la liberté sans défense contre le pouvoir.

De Sèze défendit par d'excellents arguments la juridiction attribuée aux Chambres pour punir leurs propres injures. Mais Ségur, Daru, Dessoles, relevèrent encore les vices de la loi ainsi que les abus qu'elle devait faire naitre, et Portalis, en résumant la discussion, atténua la portée de leurs critiques sans les détruire. Ainsi ce tournoi oratoire, le plus brillant peut-

être qu'eussent vu les Chambres de la Restauration, tourna peu à Favantage du ministère de droite et du système politique dans lequel il entrait forcément, quoiqu'il s'en défendit avec une certaine sincérité.

Le rétablissement des termes d'autorité constitua tionnelle fut voté par 112 voix contre 101. En revanche, l'amendement pour le maintien du jury fut repoussé par 121 voix contre 94. Celui de Talleyrand sur la preuve de la difBaimation des fonctionnaires fut également rejeté.

Les termes d'autorité constitutionnelle ne faisaient que préciser la pensée de tout le monde. Les ministres s'étaient bornés à les déclarer inutiles parce qu'on était d'accord sur le fond. Ce vote fut comme un avertissement que l'opposition de la Chambre haute tint à leur donner.

On passa à la loi des journaux. Pasquier déclara qu'elle avait moins d'importance dès que la loi de répression avait multiplié les délits en les spécifiant et aggravé les peines. Néanmoins il la combattit. Il regretta que le ministère dût abandonner la censure parce que, étant un ministère de parti, il ne pouvait l'exercer impartialement, et il lui reprocha de la remplacer par des mesures qui, sans avoir un cartictère moins préventif, prêtaient à plus d'objections. Il discuta fortement Tarticle 3, qui autorisait la suspension et la suppression d'un journal d'après l'esprit de sa rédaction, et dont Martignac avait dit que sa force était dans le vague. La loi était faite moins contre les délits de la presse que contre ses dangers. C'était toujours l'arbitraire, mais l'arbitraire érigé en principe et

Page 1