‹ Histoire de la RestaurationChapitre 13 sur 256 · LIVRE XI. — MINISTÈRE VILLÈLE · texte numérisé non relu

LIVRE XI. — MINISTÈRE VILLÈLE

irrémédiable. Quant au droit conféré aux cours royales, ce n'était pas simplement une attribution judiciaire, c'était un pouvoir politicjue. On renversait ainsi les principes du gouvernement représentatif qui veut la division des pouvoirs et la responsabilité des agents politiques. Et si la magistrature, devenant un jour indulgente, prétendait défendre la liberté contre le gouvernement, que ferait le Roi?

Les dispositions relatives à la censure n'étaient pas plus heureuses. On en aggravait les vices en la rendant facultative, et Ton s'en interdisait l'emploi pour les époques d'élections générales, c'est-à-dire pour les temps de crise où elle pouvait être le plus nécessaire.

Après avoir exposé le danger qu'il y avait à chercher des arguments dans l'article 14 de la Charte, qui donnait au gouvernement le droit de suppléer à l'insuffisance des lois et non celui de les renverser, l'ancien ministre déclara qu'il ne se séparerait pas du pouvoir ; que le pouvoir devait seulement être défendu avec discernement et avec lumières ; que la résistance qu'il demandait à la pairie était « une résistance amie » , par laquelle elle se fortifierait elle-même et fortifierait le trône.

Siméon et Richelieu prirent aussi la parole. Richelieu protesta contre l'article par lequel le Roi s'interdisait d'établir la censure à un moment donné.

Brissac répondit à ces attaques d'une manière plus ingénieuse que solide, en récriminant contre le système de bascule du cabinet précédent. De Sèze fit une défense magistrale de l'article 3. Villèle et Montmorency improvisèrent une prétendue apologie du ministère.

Montmorency soutint que ce qui avait fiait la force des parlements n'était pas leur droit d'exercer la haute police, mais le droit d'enregistrement. Villèle employa des arguments de valeur mêlée, et soutint qu'il fallait assurer l'indépendance des journaux dans les périodes électorales, pour assurer celle des électeurs.

La loi fut votée sans amendements. Mais les royalistes se plaignirent de la Chambre des pairs et de son esprit, décidément opposé à celui qui dominait dans la Chambre des députés depuis les dernières élections. Ils accusaient Talleyrand de l'avoir mal composée, Decazes de l'avoir modifiée plus mal encore ; ils gémissaient de ce qu'on y eût foit entrer trop de représentants de ce qu'ils appelaient les familles administratives, comme les Mole, les Pasquier. Ils craignirent de lui voir prendre un rôle dirigeant contraire à leurs vues.

V. L'insuccès de Belfoii; n'avait pas découragé les conspirateurs. Le général Berton, renvoyé de l'armée après le complot de Nantil et devenu l'un des écrivains les plus ardents de la Minerve, forma avec un ancien maire de Saumur et quelques militaires le plan de s'emparer du château de cette ville à l'aide de gardes nationaux, d'élèves de l'École de cavalerie et de soldats du régiment qui y tenait garnison. 11 se proposait d'arborer alors le drapeau tricolore et de donner un signal aux conjurés d'Angers, de Tours, et des villes de la Bretagne et du Poitou. Il choisit le 23 février, parce que c'était un jour de marché où les mariniers de la Loire, parmi lesquels les sociétés secrètes

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