LIVRE XI. — MINISTÈRE VILLÉLE
comptaient des affiliés, venaient en grand nombre à Saumur.
Ce plan, d'une exécution compliquée, présentait des difficultés au moins égales à' celles du complot de Belfort. Berton ne s'y arrêta pas. Il alla le communiquer à Rennes aux carbonari, dont la tiédeur ne le rebuta pas davantage.
Seulement il résolut d'occuper d'abord la petite ville de Thouars, qui n'était gardée que par cinq gendarmes. Il s'y présenta le 22 février de grand matin avec quelques conjurés; il enleva les gendarmes, arrêta le maire et plusieurs autres personnes, fit battre la générale, arbora le drapeau tricolore, et proclama un gouvernement provisoire composé des principaux députés de l'opposition. Vers midi, ayant réuni une colonne d'environ cent cinquante hommes, il se mit à sa tête, et marcha contre Saumur. Mais quand il y arriva le soir, sans avoir excité sur son passage d'autres sentiments que l'étonnement et la curiosité, il trouva les autorités averties et le pont gardé. Le maire Maupassant avait appelé des troupes et assemblé des gardes nationaux. Berton fut réduit à passer la nuit hors de la ville. Le lendemain on le menaça de tirer sur lui ; les gens de sa suite, qui avaient compté sur un autre accueil, se débandèrent. Force lui fut de retourner à Thouars, où vingt-quatre heures avaient suffi pour tout changer. Les habitants des villages voisins accouraient en masse sur la convocation du sous-préfet. Les conjurés n'eurent plus qu'à se disperser, pour échapper aux poursuites. On fit des arrestations pendant plusieurs jours, et quand les troupes envoyées par le gou-
vernement arrivèrent à S'aumur, on en avait fini avec cette ridicule échauffourée.
On jugeait alors à Tours les élèves de Saumur compromis dans la conspiration précédente. Le 26, le conseil de guerre en condamna trois à la peine de mort. Il n'y en eut qu'un de fusillé ; un autre était contumace, et la peine fiit commuée pour le troisième.
A Paris, les 27 et 28 février, des rassemblements se formèrent autour de la mission de l'église des Petits- Pères. Deux députés, arrêtés quelque temps dans la bagarre, se plaignirent à la Chambre qu'on n'eût pas respecté leur inviolabilité. Manuel et Benjamin Constant passionnèrent le débat. Labourdonnaye se déclara prêt à abandonner au ministère, s'il le fallait, la liberté de la presse et la libellé individuelle. Manuel soutint qu'on violait la Charte, et souleva un violent tumulte. Villèle rétablit les faits. Il dit que la liberté des cultes était aussi sacrée que la liberté individuelle, et repoussant la dictature que Labourdonnaye lui ofirait, il ajouta que le gouvernement n'avait pas besoin du sacrifice des libertés publiques pour se préserver des complots tramés contre lui.
Le 5 mars, un tapage d'étudiants ayant eu lieu à l'École de droit et sur la place du Panthéon, il JBeJlut appeler les gendarmes, qui firent des arrestations; le lendemain, l'école fut fermée par une décision du conseil de l'instruction publique. Ce bruit était encore un écho des excitations de la tribune. Dans la séance du 11, Benjamin Constant accusa la police d'avoir tenu une conduite révoltante et sanguinaire, et provoqué la