LIVRE XVI. — LA SESSION DE i
gleterre qu'un danger, celui de voir les mécontents et les agitateurs des pays avec lesquels elle serait en conflit se ranger sous sa bannière. Or, T Angleterre, au milieu des luttes d'opinions politiques qui agitaient les nations de la terre, pouvait, comme TËoIe de Virgile, le maître des vents, déchaîner les tempêtes sans les redouter. Interpellé sur la [présence d'une armée française en Espagne, Canning répondit que l'unique moyen de faire cesser cette occupation était de ménager Thonneur de la France. Il ajouta orgueilleusement qu'en 1823 . voyant la France envahir l'Espagne, « il avait cherché pour l'Angleterre des compensations dans un autre hémisphère, et appelé le nouveau monde à l'indépendance » .
Ces flatteries adressées aux passions nationales anglaises valurent à Canning un de ses plus beaux triomphes oratoires. Les communes, l'opposition ellemême, le couvrirent d'applaudissements. Cependant la jactance de quelques passages, étrange dans la bouche d'un premier ministre, surprit ses collègues et les résidents étrangers. Déférant à leurs observations et comprenant qu'il avait dépassé le but, il s'efforça d'en atténuer l'effet dans les explications qu'il adressa aux différents cabinets.
Les ministres de Charles X préparèrent une réponse qui fut lue le 19 à la Chambre des pairs par le baron de Damas. La France ne pouvait contester à l'Angleterre le droit d'intervenir en Portugal, droit établi par les traités antérieurs pour le cas d'une entreprise de l'Espagne contre ce royaume ; or le cas s'était réalisé, aucun doute n'existant sur la coopéra-
tion des autorités espagnoles [à Tarinement des réfugiés portugais. La France, dont les conseils étaient méprisés à Madrid, avait dû rappeler son ambassadeur. Elle ne cesserait pas d'observer les règles de la justice, de respecter la foi des traités et les droits des autres puissances. « C'est, ajoutait le manifeste, en défendant les principes d'ordre et de légitimité, que l'Angleterre est sortie victorieuse de la longue et sanglante lutte qu'elle a soutenue contre la Révolution française. Les mêmes succès nous seraient assurés si nous étions appelés jamais à défendre à notre tour les mêmes principes. »
Cette réponse était inattaquable; mais malgré le trait final qui visait la politique aventureuse et révolutionnaire de Canning, elle parut terne et froide après les éclats oratoires du ministre anglais, dont les bravades froissaient en France le sentiment national.
Lorsque la Chambre des pairs entama la discussion de l'adresse , Pasquier exprima la surprise de certaines hauteurs de langage du premier ministre d'Angleteri'e, refusa de croire qu'il eût voulu faire appel aux révolutions, et attribua l'origine des difficultés présentes à ce qu'on avait abandonné en Espagne la sage politique du duc d'AngouIême. Chateaubriand voulut à son tour répondre à Canning. Il le fit avec beaucoup de hauteur, de noblesse et une modération calculée. Quoique ses arguments n'eussent pas tous la même valeur, et que sa personnalité fût, comme toujours, trop apparente, ce fut une de ses meilleures inspirations. Après avoir contesté que le casus fœderis fût réalisé, il prouva que Canning s'était vanté d'évé-