LIVRE XVI. — LA SESSION DE i8î7. Î
nements dl>nt il n'était pas Fauteur; car Tindëpendance de rAmérîque espagnole était un fait antérieur à ses déclarations. Il demanda si Ëole n'avait pas des tempêtes dans son empire, où cinq millions d'Irlandais catholiques étaient opprimés. Après s'être étonné que le ministre anglais eût cité la France à la barre du Parlement pour lui dire qu'on était content d'elle, il dit qu'un ton grave, même sévère, convenait à la Chambre, gardienne de l'honneur français comme des libertés publiques. Il ajouta, avec raison, que l'entrée des Anglais en Portugal rendrait plus difficile le retour de nos troupes d'Espagne, et il se plaignit que Canning eût écrit k lord Granville que les Anglais, entrant en Portugal, n'en sortiraient pas avant que nos troupes eussent repassé les Pyrénées.
La discussion, calme à la Chambre des pairs, fut beaucoup plus vive à la Chambre des députés, où les deux oppositions étaient nombreuses et passionnées. Hyde de Neuville y dénonça Yarrogante et ridicule philippique du ministre anglais. La commission de l'adresse y proposa l'insertion d'une phrase assez fière : « La France peut, sans crainte d'être mal comprise, dire qu'elle souhaite la paix. On sait à quel prix elle ne voudrait pas la conserver. » L'opposition de droite ne s'en contenta pas. Elle prétendit y ajouter un blâme de la conduite du ministère. La question n*était pas de se prononcer pour la nouvelle charte ou pour les anciennes libertés du Portugal , mais pour llionneur de la France. Labourdonnaye, plus modéré que d'ordinaire, déclara que si l'honneur français n^avait pas été offensé, la susceptibilité nationale avait II. 18
reçu une vive blessure et demandait une ^isfectipn. Lëzardiére critiqua l'insuffisance et la froideur du manifeste ministëriel. La gauche entra dans le débat avec Sébastiani et Benjamin Constant pour attaquer, tout en approuvant le rappel de de Moustier, la politique que les ministres suivaient en Espagne depuis trois ans. Benjamin Constant ënuméra ^vec esprit et causticité tous les déboires que le cabinet de Madrid lui avait infligés* Mais Yillèle pouvait laisser passer Torage; caries opposants de droite, interpellés s'ils voulaient la guerre, s'en défendaient. Deux amende» ments furent proposés et repoussés; l'adresse réunit deux cents votants contre trente.
Canning chercha presque à s'excuser de l'embarras qu^il avait causé au ministère français. Il retoucha et atténua ses discours, dont l'effet fut corrigé par ceux que prononcèrent d'autres ministres anglais. Il prenait dans ses lettres à Granviile et à Yillèle le ton d'un ami qui veut Caire oublier une incartade. La paix fut maintenue. Dix mille Anglais occupaient Lisbonne et Oporto. L'Espagne, acceptant cette fois nos conseils, consentit à recevoir un chargé d'affaires de la régente de Portugal , et se contenta d'organiser un corps d'observation sur sa frontière.
II. Le projet de loi sur la presse, annoncé dans le discours du trône, le 12 décembre, ne fut déposé que le 29.
On soumettait les écrits, périodiques ou non, à des conditions très-rigoureuses. Pour les non périodiques, conditions de dépôt pendant un nombre de jours