LIVRE XVI. — LA SESSION DE i8«7, Î
déterminé et conditions de timbre, ces dernières très-» élevées. Pour les autres, responsabilité effective des propriétaires, tant de ceux du jo,umaI que de ceux du cautionnement ; limitation du nombre de ces proprié* taires à cinq, et détermination des conditions qu'ils devraient remplir, les femmes et les enfants exclus; responsabilité civile des imprimeurs, élévation du timbre , aggravation des peines et du taux des amendes , faculté aux tribunaux de poursuivre d'office daos les cas d'injure contre les personnes, afin d'assurer une protection à la vie privée.
Telles étaient les mesures auxquelles le gouvernement s'était arrêté pour mettre un terme à une licence devenue effrénée. Peyronnet déclarait que l'expérience faite ne permettait plus les illusions possibles josque-là. Les bonnes législations se faisaient sucdesrivement. Les lois avaient leurs progrès comme toutes choses. Il nefellait plus que la justice fût condamnée, par l'insuffisance de la législation, à demeurer muette
00 à prononcer des peines illusoires. Le garde des sceaux exposait ensuite les motifs de chaque article avec une grande habileté. ,
Dès que la loi fut connue, l'hostilité fit explosion de tous les côtés. Ce n'était pas réprimer la presse, c'était là bâillonner et la détruire; c'était empêcher
1 usage pour atteindre l'abus.
Aux cris des libéraux se joignirent ceux de toutes les familles qui vivaient de l'industrie de la librairie et des industries s'y rattachant. Les imprimeurs et éditeurs de Paris, de toute opinion, aii nombre de deux cent cinquante-deux, se réunirent pour signer une
protestation collective. La loi fut dénoncée comme une atteinte à la propriété, un acte barbare, empêchant la publication des écrits sous quelque forme que •ce fût, livres, brochures ou journaux, dont elle élevait considérablement le prix, par conséquent tuant la pensée et les lettres; « une loi vandale, disait Chateaubriand, violant tous les droits en ruinant tous les intérêts » . Elle était pire que la censure, que beaucoup eussent préféré voir rétablir. Les journaux de la droite ne se montrèrent pas les moins irrités; car leurs intérêts et leur passé les obligeaient à défendre la liberté de la presse, et ils se rejetaient sur ce thème que la loi anéantissait le bien en même temps que le mal. Les journaux libéraux y virent la main cachée de la Congrégation,
Certes, il y aurait beaucoup à dire sur ces attaques, en commençant par les articles de Chateaubriand, dont la violence était insensée ' . Le bruit des passioni et des intérêts soulevés ne doit pas faire oublier qiMf la licence de la presse était intolérable. Mais la loi manquait de franchise en maintenant la liberté comitte un principe et en accumulant les mesures préventives. Elle renfermait aussi beaucoup de dispositions peu exécutables, sur lesquelles le conseil d'État consulté n'avait pas ménagé les objections. Elle était donc mal faite, et le ministère s'engageait dans i» embarras faciles à prévoir. Un journal ayant écrit que c'était une loi de haine et de vengeance, Peyronnet
1 • Nos enfants, disaiuil, rerendiqueront, la Charte ^ la inaia,k prix du sang et des larmes de leurs pères. •