‹ Histoire de la RestaurationChapitre 137 sur 256 · LIVRE XVI. — LA SESSIOÎÎ DE i8î7. Î7T · texte numérisé non relu

LIVRE XVI. — LA SESSIOÎÎ DE i8î7. Î7T

eut la mauvaise inspiration de faire répondre dans le Moniteur qu'elle voulait être a une loi de justice et d^amour » . L'opposition s'empara de cette qualification ridicule, et la loi ne fut plus connue que sous le titre malencontreux que son auteur lui avait donne.

Le Courrier français, ayant dit de Peyronnet que la magistrature gémissait de l'avoir pour chef, se vit intenter un procès. Il fut condamné, mais à une amende assez faible. Un incident plus grave eut lieu à l'Académie française. Lacretelle jeune, d'accord avec Michaud, proposa, le 16 janvier, d'adresser une supplique au Roi, la loi intéressant les lettres qu'elle frappait indirectement. Plusieurs académiciens représentèrent que la compagnie sortait de ses attributions; ceux qui étaient membres de la Pairie furent d'avis que la critique de la loi fût réservée à la tribune de la Cbambre des pairs. La majorité n'en adopta pas moins la motion, et chargea Lacretelle de rédiger la supplique de concert avec Yillemain et Chateaubriand. Le ministère raya Yillemain de la liste des mattres des requêtes, priva Michaud de la charge de lecteur du Roi, et Lacretelle de ses fonctions de censeur dramatique. Si ces sévérités pouvaient se défendre, elles n'en eurent pas moins l'effet le plus regrettable aux yeux du public. 11 convient d'ajouter que la supplique, n'ayant pas été reçue à la cour, ne fut pas publiée, mais simplement inscrite sur les registres de la compagnie.

111. Pendant que la commission de la Chambre des députés examinait la loi sur la presse, la Pairie discuta plusieurs autres lois.

Le 13 janvier, elle examina un projet sur la répression delà traite. La loi de 1818 était d'une inefficacité démontrée. Le gouvernement proposa de maintenir la confiscation des navires qui s'y livraient, mais d^ag^ graver les peines portées contre les capitaines et les équipages, et d'infliger aux capitaines la peine du bannissement. Quelques opposants, entre autres Fitz-James, prétendirent que c'était là une concession faite aux exigences de l'Angleterre, à ses intérêts, à ses passions ; que toute loi répressive de la traite serait inefficace, et de plus nuisible à nos colonies. Mais Laine défendit le projet avec une certaine emphase, au point de vue du christianisme et de l'humanité, et de Broglie traita la question à fond dans un discours qui fut un de ses plus beaux. Réfutant les sophismes des opposants, il prouva victorieusement que si les Anglaii avaient pris l'initiative de cette oeuvre philanthropique, il n'en appartenait pas moins à la France de s*y associer, ni ses intérêts ni sa dignité n'ayant à en souffirir. L'abolition de la traite devait, en effet, entraîner l'amélioration du régime des noirs dans nos colonies. La loi fut votée sans difficulté, et Martignac obtint quelques semaines après le même succès à la Chambre des députés.

Le 18 janvier, Portalis lut un rapport sur la dénonciation adressée par Montlosier à la Pairie. L'indomptable vieillard, renvoyé par la cour de Paris aux ministres , et n'ayant obtenu d'eux aucune réponse, exposait de quels moyens la Chambre haute devait se servir pour agir sur le gouvernement. Portalis se plaça au même point de vue que la cour royale. Après

Page 1