‹ Histoire de la RestaurationChapitre 138 sur 256 · LIVRE XVI. — LA SESSION DE i · texte numérisé non relu

LIVRE XVI. — LA SESSION DE i

avoir écarté de la pétition les points sur lesquels la Chambre était incompétente , il prouva qu'il y aurait danger à modifier la législation existante ; que d'ailleurs les cas d*abus étaient réglés par le Concordat ^ et que la magistrature étant constituée autrement que sous Fancien régime , on ne pouvait attribuer aux cours d'appel certains pouvoirs qui avaient appartenu aux parlements ; mais après une discussion lumineuse, il conclut péremptoirement que d'après les lois existantes, une autorisation était nécessaire pour toute société quelle qu'elle fût, et il proposa le renvoi aux ministres pour que les Jésuites cessassent d'enseigner ou fussent autorisés par une loi.

Les Jésuites ne manquèrent pas de défenseurs et d'apologistes . Le cardinal de Lafare énuméra les services qu'ils rendaient, dit que leurs ennemis étaient ceux de la religion; que la Charte , en accordant le libre exercice des cultes, ne pouvait empêcher le développement d'institutions qui tenaient au catholicisme, et montra que sous le régime d'alors les craintes qu'ils inspiraient étaient chimériques. Fitz-James fut écouté avec plus de faveur. Gentilhomme aux allures cavalières, à la parole originale, et mêlant à quelques idées d'autrefois une certaine teinte de libéralisme, il prit les adversaires des Jésuites à partie, et leur dit spirituellement de dures vérités. S'il y avait conspiration, elle n'était pas chez les Jésuites, mais chez leurs ennemis qui se souvenaient que les poursuites dirigées contre le prétendu complot d'Oates avaient été l 'avant-coureur de la chute des Stuarts. Les Jésuites étaient moins à craindre que les jacobins. Il n'était

pas sérieux de répéter Taccusation portée contre eux au dix-huitième siècle, qu'ils enseignaient une morale relâchée et des doctrines dangereuses pour TÉtat. Ils ne se présentaient pas comme ordre monastique, mais comme instituteurs de la jeunesse, et ne réclamaient aucun droit particulier. En matière d'enseignement, le libre choix des pères de famille devait être respecté. Fitz- James accusa Montlosier, cet homme bizarre qu'il avait connu dans Témigration, ' d'avoir toujours manqué de jugement.

Le vicomte Dambray, fils de l'ancien chancelier, traitant plus à fond que les autres orateurs de son opinion la question de légalité, reconnut que les Jésuites ne pouvaient avoir d'existence civile, mais il soutint qu'ils jouissaient de droits individuels sous l'autorité des évéques, et qu'ils ne violaient pas la loi dès qu'ils agissaient non comme ordre religieux, mais sous l'autorité de leurs supérieurs diocésains.

L'évoque d'Hermopolis pouvait difficilement garder le silence, il fit d'un ton calme et mesuré leur apologie la plus complète , et réclama l'ordre du jour sur une pétition injurieuse aux ministres de la religion.

Mais les conclusions du rapport furent soutenues avec force par Laine, Barante et Pasquier, qui réclamèrent l'exécution des lois. Laine défendit même les arrêts des anciens parlements, attaqués par des hommes qui vantaient habituellement la magistrature de l'ancien régime. Pasquier montra que les arguments légaux dont se servaient les apologistes de l'ordre étaient simplement une manière d'éluder la loi; que le ministère ne pouvait y déroger par une

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