LIVRE XVI. — LA SESSION DE 1M
réquisitoires plus OU moins violents. Salaberry déclara que c'était folie de chercher contre elle un autre remède que la censure, et dans un discours rempli d'ailleurs de traits ingénieux, il rappela le mot de Rivarol, que c'était la seule plaie dont Moïse eût oublié de frapper l'Egypte.
Labourdonnaye fut plus modéré que d'habitude, au moins dans la forme. Il dit que le mal était moins dans les journaux que dans la société, corrompue par une détestable politique; que la liberté de la presse, établie par la Charte, était très-compatible avec la légitimité. Le ministère devait agir enfin avec franchise et loyauté, et renoncera affronter plus longtemps une irritation formidable. Il fallait gouverner avec le concours et l'appui de l'esprit public, ou se précipiter dans la dissolutioa et les coups d'État, moyens sûrs de perdre la monarchie. Ce discours produisit un grand effet, et fut très-applaudi par la gauche.
Le 14, Royer-Collard prononça un discours magistral, comme il faisait dans les grandes circonstances. Il ne s'attacha qu'au principe de la loi. Ce principe était la suppression, non pas de la licence de la presse, mais de sa liberté, et non pas de sa liberté, mais de toute liberté naturelle, politique ou civile. Sous l'empire d*une telle loi on n'écrirait pas, on n'imprimerait pas ; les journaux seraient détruits ou conquis. « Plus d'écrivains, plus d'imprimeurs, plus de journaux; tel sera, disait-il, le régime de la presse. » Peu importait, avait-on prétendu, que le bien fût étouffé avec le mal. Donc on étoulKiait la liberté, et l'on marchait droit à l'établissement de la tyrannie. Or de préten-
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daes nécessites politiques ne dispensaient pas de la justice, et la tyrannie sans la gloire serait ridicule. II déplora Tinexplicable fatalité qui repoussait la confiance par la menace, TafFection par Finjure. Pourquoi ranimer des combats éteints dans lesquels la monarchie avait déjà péri? Qu'avait-elle besoin, pour sa sécurité ou sa splendeur, des périls de la contre-révolution?
L'efFet de ce discours fiit immense , parce que la passion publique était, comme le dit Duvergier de Bauranne, heureuse de trouver dans une voix grave Técho et la justification de ses colères. Il convenait aux ennemis des ministres de naetti^ leurs rancunes et leurs visées plus ou moins avouables sous le couvert de grandes théories philosophiques, exposées avec une conviction profonde, et d'anatkèmes fulminés en lan- . gage d'oracles, quels qu'en Itissen^ d'ailleurs la justesse et l'à-propos. Nulle parole «on plus n'avait la même autorité que celle de Royer-Collard, et Ton a pu dire qu'elle était à elle seule un frein pour le gouvernement.
Les défenseurs de la loi, rentrant dans le domaine de la réalité, rappelèrent que Napoléon avait gouverné sans la liberté de la presse ; qu'il y avait eu douze lois de presse en onze ans, et qu'on n'était pas encore au bout ; qu'il fallait obtenir à tout prix que les écrivains donnassent des garanties à la société. Parmi les amis de Villèle, quelques-uns l'accusèrent de manquer d'énergie. Il aurait fallu, suivant eux, vouloir la censure, et une loi franchement préventive. Il ne gouvernait pas avec une volonté assez ferme. Frénilly déclara que la loi attestait moins les convie-