LIVRE XVI.— LA SESSION DE 18Î
lions des ministres que leurs défiances. Elle était pleine de détours, de dispositions incertaines ou pénibles. Elle créait toute une catégorie de délits ou de crimes avec un code pénal particulier.
Villèle exposa que le ministère avait gouverné cinq ans avec la liberté de la presse; qu'il était le seul sous lequel la France eût joui de cette liberté ; qu'il avait donc mieux qu'un autre le droit de demander une loi de répression, et que c'était même pour lui un devoir sacré, en présence d'abus qui tendaient à ébranler ou à renverser le gouvernement. Il nia que la loi fût imposée par une faction, par la faction qui lui aurait fait faire la guerre avec TEspagne, qui voulait en dernier lieu qu'il la fit avec l'Angleterre pour les affaires du Portugal, et qui cherchait à livrer la France aux Jésuites. Il rappela qu'il s'était suffisamment expliqué sur les deux premiers points, mais il crut enfin nécessaire de s'expliquer une fois pour toutes sur le troisième. « Les Jésuites existent, dira-t-on ; or c'est une violation de nos lois. — Oui, ils existent, ni plus ni moins que lorsque vous étiez à la télé de l'instruction publique et quand vous étiez procureur général , dit-il en s'adressant à Royer-Collard et à Bourdeau. Nous ne voulons pas plus que vous le rétablissement de cette corporation religieuse en France. Mais pas plus que vous quand vous aurez le pouvoir, nous ne croyons devoir user de celui qui nous est confié pour persécuter des individus, sous prétexte d'opinions religieuses. »
« Le gouvernement du Roi, ajouta-t-il, n'est asservi par aucune faction, et c'est pourquoi toutes se coalisent pour l'attaquer et l'accuser de l'agitation et des u. 19
Î90 HISTOIBE DE LA RESTAUBATION.
désordres qu'elles-mêmes provoquent dans les esprits, quoique tout soit libre, heureux et prospère dans le pays. » Repoussant Taccusation de prétendre à la tyrannie, accusation non moins ridicule que la prétention de sa part aurait pu l'être : « Un tyran, ajouta-t-il, pèse sur la France ; il opprime, il insulte chaque jour jusqu'aux pouvoirs légaux du pays, et menace de tout asservir pour tout dissoudre. Ce tyran, c'est celui dont l'orateur (Royer-Collard) a pris hier la défense, c'est la licence de la presse. » II fallait nier son existence pour repousser la nécessité de nouveaux moyens de répression. N'était-ce pas cette licence qui ruinait chaque jour les croyances religieuses, portait jusqu'au trône des insinuations perfides, accusait d'opposition systématique les actes d'indépendance de l'une des deux Chambres et de servilisme les actes non moins libres de l'autre, provoquait des dissensions entre les cabinets, proclamait sans cesse l'infériorité du Roi, et au nom de l'honneur national, suscitait des embarras à la diplomatie française et fournissait des armes à l'étranger? «A qui devons-nous ces fantômes de Congrégation, de Jésuites, de contre-révolution, avec lesquels on agite tant d'esprits qui sans cela jouiraient avec sécurité des biens réels que leur assure le gouvernement? La licence de la presse seule a fait tout le mal.* Passant ensuite en revue les dispositions essentielles du projet, il montra Tinjuste exagération des critiques qu'on lui adressait, et la nécessité de soumettre la profession qui intéressait le plus la société, parce que c'était elle qui pouvait lui faire le plus de mal, à des règles dont d'autres professions n'étaient pas exemptes.