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LIVRE XVI. — LA SESSION DE

Les pouvoirs publics pouvaient se préserver ; mais la société troublée, alarmée, jetée parles écrivains dans cette anarchie des principes qui tue les nations et les gouvernements, n'était pas suffisamment défendue par la législation antérieure. Le projet de loi comblait ces lacunes. Le président du conseil reconnut d'ailleurs en terminant que le ministère pourrait accepter quelques-uns des amendements de la commission.

Défenseur un peu optimiste des actes de son ministère, Villèle eut ce jour-là le mérite du courage et de la netteté. Dissipant avec son bon sens les vagues théories de ses adversaires et répondant à leuris objections de parti pris, il frappa juste et il obtint le succès qu'il cherchait; il rallia la majorité flottante.

Labbey de Pompières , en proposant de mettre les ministres en accusation, rendit cette majorité plus compacte ; mais elle fut ébranlée par un discours de Gautier, de la Gironde, qui , bien que ministériel et ami de Peyronnet, s'éleva contre le dédain de l'opinion publique, déclara qu'elle était un fait indéniable et qu'il fellait que le gouvernement la dominât ou s'y soumit; que la loi, pleine de dispositions vicieuses, était aussi pleine de dangers; qu'elle n'était pas sincère, ayant la prétention d'être une loi répressive , tandis qu'elle renfermait nombre de mesures préventives; qu'elle justifiait enfin les alarmes causées à tort ou à raison par les actes des ministres sur le sort des libertés publiques. Elle justifiait la magistrature de résister aux tendances de l'administration.

Peyronnet comprit la nécessité de détruire l'effet de ce discours qu'on ne pouvait accuser d'aucune arrière-

pensée. II défendit les magistrats, qui, dit-il, ne soumettaient pas leur conscience aux différents mouvements des opinions qu'on appelle publiques. Il passa en revue tous les points défectueux des lois antérieures, les nécessités auxquelles il fallait pourvoir, et il entreprit une discussion serrée sur les articles de la loi actuelle. Il termina par une péroraison éloquente. Présentant la contre-partie de l'hypothèse soutenue par Benjamin Constant, il demanda à son tour ce qu'il ferait s'il avait résolu de préparer et d'amener insensiblement de nouvelles agitations dans son pays.

a Ce que je ferais, le voici. N'osant d'abord attaquer ouvertement le trône, j'attaquerais la religion sur laquelle le trône doit être appuyé : je la représenterais superstitieuse, ambitieuse, oppressive. Intolérant et persécuteur pour elle seule, je lui reprocherais de manquer de tolérance et de charité; j'évoquerais des fantômes pour inquiéter les consciences et diviser les esprits. Si j'apercevais autour du trône des hommes sinon signalés par leurs services, au moins fidèles, recommandables à la bienveillance du prince et à l'estime des honnêtes gens, je voudrais qu^ils perdissent cette bienveillance et cette estime pour que leur courage devint au moins impuissant... Je les abreuverais de dégoûts, je les accablerais d'injustice. Si le pays était prospère, je ne parlerais que de la détresse; si le peuple avait de l'aisance, je lui prouverais qu'il est misérable. J'instruirais le peuple à secouer le frein des lois : je l'amènerais à croire que la résistance peut devenir une espèce de point d'honneur. Et quand j'aurais fait tout cela , messieurs, que vous en semble?

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