‹ Histoire de la RestaurationChapitre 147 sur 256 · LIVRE XVI. — LA SESSION DE 1827. Î · texte numérisé non relu

LIVRE XVI. — LA SESSION DE 1827. Î

d^exposer les faits. Comme il y avait une information judiciaire, la Chambre décida, sur la proposition de Laine, qu'elle en attendrait les résultats. L*émotion des pairs s'était communiquée au public. Charles X écrivit à la famille une lettre de regrets, contrairement àTavis des ministres, qui jugeaient que c'était exagérer la portée de l'événement.

Un second incident, qui occupa le public, fut le procès intenté a Kératry pour un article inséré dans le Courrier français et intitulé : Mensonges de M, de Vîllêle, Ce procès eut lieu le 7 avril. Kératry se défendit lui-même, traita les ministres de faux roya^ listes dont les actes révoltaient les gens de bien, et fut acquitté.

Le 17, le ministère, de plus en plus inquiet des dispositions de la commission nommée par la Pairie, prit la résolution de retirer le projet de loi sur la presse. Communication en fut donnée le jour même à la Chambre haute.

Ce retrait, devenu plus ou moins nécessaire, n'en était pas moins malheureux pour les ministres ; car c'était de leur part un aveu d'impuissance. C'était donner raison à leurs adversaires, et leur assurer tous les avantages de la popularité. C'était enfin se condamner ou à l'absence d'une loi sans laquelle le cabinet ne pouvait vivre, ou au rétablissement de la censure, dont il s'était si vivement défendu.

Le soir même on cria dans Paris : Vive le Roi! vivent les pairs ! à bas les ministres ! à bas les Jésuites ! Le lendemain, 18, on illumina et on lança des feux d'artifice. Des attroupements se formèrent devant les

ministères. Le 19, des étudiants, des ouvriers impri^ meurs se promenèrent ayec des drapeaux; la foule était immense dans les rues ; il y eut du désordre et des carreaux brisés. Le tapage ne cessa que devant le déploiement des troupes.

Des scènes du même genre se répétèrent dans plusieurs grandes villes. Il y avait un mot d'ordre, et la démonstration était concertée. On n'eût pas célébré autrement une victoire sur Tennemi.

VI. Dans la journée du 16, le Roi, après une revue de gardes nationaux dans la cour du Carrousel, avait fiaiit au duc de Reggio la promesse très-imprudente de passer au Champ de Mars une revue générale de la garde nationale de Paris. Villèle averti lui en représenta le danger, mais il jugea aussi que la promesse étant faite devait être tenue, et la revue fut publiquement annoncée pour le 29.

On ne pouvait douter qu'une manifestation n'éclatât, au moins contre le ministère. Toutes les oppositions voulaient sa chute, et ses derniers revers l'avaient tellement ébranlé qu'on le croyait déjà renversé. Les chefs des deux oppositions. Chateaubriand, Labourdonnaye, Beaumont et Lézardière, Royer-Collard, Benjamin Constant et Casimir Périer, ayant été invités à une réception le 22 aux Tuileries et s'y étant rendus, les intéressés voulurent voir dans ce fait un signe avant-coureur du changement des ministres. Chateaubriand fit remettre au Roi par Blacas une lettre pressante pour l'avertir que s'il tardait davantage, une manifestation éclaterait au Champ de Mars et ne lui

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