‹ Histoire de la RestaurationChapitre 148 sur 256 · LIVBE XVI. — LA SESSION DE 18J7. J · texte numérisé non relu

LIVBE XVI. — LA SESSION DE 18J7. J

permettrait plus de les renvoyer, tandis qu'il pouvait le feire auparavant sans faibless;,e, et s'assurer ainsi un véritable triomphe personnel. « Sire, disait-il, les ministres sont mes ennemis ; je suis le leur. Dans cette position, je n'aurais jamais parlé au Roi de leur retraite, s*il n'y allait du salut de la monarchie. » La crainte de troubles pour le 29 était telle que les journaux de l'opposition relativement modérée, croyant le ministère frappé à mort, s'évertuèrent à recommander de ne pousser d'autre cri que celui de : Vive le Roi! Le désordre ne devait servir qu'à justifier une répression et à déranger leurs espérances. On estimait que Yillèle ne pouvait se maintenir que par un coup de force, et 'Ion ne voulait pas lui en fournir l'occasion.

Le conseil des ministres se réunit plusieurs fois pour arrêter les précautions nécessaires. Au jour marqué, le 29, Charles X se rendit au Champ de Mars à cheval, entouré des princes et de Tétat-major. Acclamé sur le chemin, il le fut encore à son arrivée. Mais aux cris de : Vive le Roi ! se mêlèrent bientôt d'autres cris, ceux de : Vive la liberté de la presse ! Vive la Charte ! puis : A bas les ministres ! A bas les Jésuites ! A bas Villèle ! Un garde national sortit des rangs pour crier de plus près; le Roi dut pousser son cheval contre lui et dit : « Je suis venu ici pour recevoir des hommages, et non des leçons. » Lorsqu'il s'éloigna, les cris redoublèrent. Des cris pareils furent poussés autour des princesses, dont les voitures stationnaient devant l'École militaire. Au retour, les cris : A bas Villèle ! retentirent bruvamment sous les fenêtres du ministère des finances.

Le Roi, qui s'était retiré avant la fin de la manifes^ tation, fut peu ému et parut la dédaigner. II accepta assez légèrement Tidée du duc de Reggio d'adresser à la garde nationale de Paris un ordre du jour, en la chargeant de feire justice elle-même de quelques cris séditieux, a Le Roi, dit le maréchal Soult, n'est pas difficile. » Mais Yillèle, appelé au château, changea les dispositions de Charles X. II lui conseilla de rédiger le soir même une ordonnance de dissolution et de l'envoyer au Moniteur, pour prévenir, dit-il, « les suites de la tentative la plus audacieuse de la Révolution depuis le commencement du règne » . On avait quinze mille hommes de troupes à Paris; quinze mille autres arrivaient le lendemain; avec ces forces nul danger n'était à craindre.

Le Roi goûta l'avis. Les ministres s'assemblèrent. Cinq d'entre eux l'approuvèrent. Ce furent, avec Villèle, Corbière, Peyronnet, de Damas et Clermont^ Tonherre. Frayssinous voulait qu'on se bornât à dissoudre la 7* légion ; Chabrol et Doudeauville combattaient la mesure, et quand elle fut adoptée, Doudeauville se retira. Le Roi signa l'ordonnance, qui parut le 30 au Moniteur, Cet acte de vigueur était à peu près forcé; autrement il eût fallu changer le ministère , et le changement dans de pareilles circoiH stances eût été désastreux.

La nouvelle fut accueillie avec calme par les uns, par les autres avec stupeur. Paris ne bougea pas, mais le silence ne fut rien moins qu'approbateur. Si depuis lors le temps a fait justice de la garde nationale en tant qu'institution, il n'en était pas encore ainsi en

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