‹ Histoire de la RestaurationChapitre 150 sur 256 · LIVRE XVI. — LA SESSION DE 18Î · texte numérisé non relu

LIVRE XVI. — LA SESSION DE 18Î

avait eu Tinitiative du licenciement, et non le Roi, dont Tesprit incertain semblait maintenant disposé à le regretter.

VII. La loi des comptes de 1825 fut votée le 30 avril par les députés, et suivie d'une loi sur les crédits supplémentaires. La discussion fut empreinte^ d'une certaine aigreur; les opposants revinrent sur la question souvent débattue de la spécialité. Yillèle leur donna en partie raison, car un peu plus tard, le 1*' septembre, une ordonnance royale porta que chaque budget serait divisé à l'avenir en quarantedeux chapitres spéciaux.

Le budget de 1828 avait été présenté au mois de février avec un excédant prévu, sur lequel Villèle proposait d'attribuer plusieurs millions au clergé, à la guerre et à la marine. Au mois d'avril, le rapporteur , Fouquier-Long, constata que le rendement des impôts indirects était en baisse, et proposa de réduire environ de moitié les nouvelles allocations proposées par le ministre.

Les débats durèrent presque tout le mois de mai et ne furent guère qu'une série d'attaques contre le ministère. LafBtte soutint qu'on était menacé d'un déficit. Il présenta sur la situation des finances et des af&ires des considérations intéressantes et fut trèsécouté en raison de sa compétence spéciale, mais il témoigna une malveillance calculée à l'égard de Yillèle, dont il tenait d'autant plus à se séparer politiquement qu^il avait autrefois pris part à ses grandes opérations. Les opposants prétendirent que la pros-

périté officiellement vantée était un leurre; c'était elle qui avait jusque-'là servi au président du conseil de principal argument pour sa défense; maintenant elle lui Baisait déBaut, comme tout le reste. Constant se montra, suivant son usage, épilogueur, tracassier, acrimonieux; après avoir représenté sous les couleurs les plus fausses la situation de la France en Europe , il conclut que les ministres étaient abandonnés par l'opinion, par le peuple, par la Pairie, par la magistrature ; qu'ils allaient perdre la majorité dans la Chambre des députés, et qu'ils ne pouvaient rester au pouvoir sans compromettre le trône* L'extrême droite ne fut pas moins acharnée. Il fallait s'en prendre au ministère de la souffrance des intérêts comme du désordre des esprits. Lézardière dit en termes très-nets que si les royalistes s'alliaient à la gauche, c'était pour rendre au Roi le service immense de ne pas laisser aux libéraux le monopole de la défense des libertés publiques. Us voulaient empêcher que la chute assurée des ministres n'ébranlât la monarchie.

Une attaque plus mesurée, mais plus sérieuse, fut celle de Gautier, qui s'était déjà séparé, dans la discussion de la loi de presse, des défenseurs du cabinet. Dans un discours où il ne s'occupa que de la politique générale, il exposa les raisons qui le décidaient à refuser le budget. Le parti religieux voulait envahir le pouvoir, et ne dissimulait ni ses desseins, ni sa haine de la liberté. Le ministère n'adoptait pas les principes de ce parti ; mais soit imprévoyance, soit faiblesse, il se laissait entraîner à favoriser ses projets. Il n'était ni sincère ni courageux, mais dissimulé et timide. Il alar-

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