LIVRE XVI. — LA SESSION DE
que plusieurs actes de son administration ne fussent fortement attaqués.
On lui reprochait surtout la nomination de Rëcamier comme professeur à TÉcole de médecine, de préférence à Magendie, présenté par Flnstitut. Ce choix était attribué à l'influence de la Congrégation. Les étudiants firent du tapage, et Ton dut recourir à la gendarmerie. Ils ne cédèrent qu'à la force en laissant plusieurs blessés sur la place (le 15 mai). Constant fit de cet événement un nouveau texte d'accusation contre le ministère, mais il avait mal choisi son terrain; son discours fut très-maladroit, et il s'attira de Corbière, de Frayssinous et surtout de Peyronnet de vertes et fières réponses.
Le budget fut voté le 30 mai, après une dernière diatribe de Casimir Périer contre Villèle.
Il était clair que les ministres chercheraient à sortir de l'impasse où ils s'étaient mis, et qu'ils n'en sortiraient pas sans quelques grandes mesures que tout le monde pressentait. On ne s'occupait donc plus que des projets qui leur étaient attribués. Le 1*' juin, Lézardière, à propos d'une pétition, interpella Villèle sur ce sujet. « De grandes inquiétudes, dit-il, se répandent dans la capitale. On parle de coup d'État; on parle de censure ; on parle d'une nouvelle augmentation de la Chambre des pairs ; on parle enfin de la dissolution de la Chambre actuelle. Il est difficile de croire que le ministère, dans son intérêt personnel,' veuille enlever à la légitimité l'appui de cette Chambre monarchique. Ce serait une conduite criminelle, et nous ne l'avons jamais soupçonné que d'imprudence. » Le ministère
ne répondit pas ; Tinsistance d'Hyde de Neuville p eut pas plus de succès, et Labourdonnaye, prenant à partie Peyronnet avec sa violence habituelle, ne lui arracha qu'une réplique de pures personnalités.
Le 18 juin, Chateaubriand ouvrit la discussion du budget à la Chambre des pairs par un réquisitoire en forme contre les actes du ministère depuis qu'il avait cessé d'en faire partie. 11 présenta une peinture saisissante, et vraie sur quelques points, du malaise et du danger de la situation, quoiqu'il la vtt à travers le prisme ordinaire de sa passion personnelle ; puis, tout en voulant douter du rétablissement de la censure et d'une création de soixante nouveaux pairs, il en combattit l'idée avec force, comme d'une entreprise monstrueuse et contraire à l'esprit de la Charte* 11 montra tous les périls qui seraient gratuitement suscités; il déclara qu'il ne demandait qu'une chose, la garantie qu'on ne fit rien contre les libertés publiques, et il conclut au refus du vote du budget, comme moyen de dénouer la situation en obligeant le cabinet à se retirer.
Lally repoussa énergiquement la pensée de refuser le vote du budget. Les ministres restèrent muets sur les questions de politique générale, et se bornèrent à discuter quelques articles, objets d'observations particulières. Lé budget fut voté le 21, et le lendemain la clôture de la session fut prononcée.
Pour achever l'histoire de cette session, il fiaiut ajouter que la Chambre des pairs avait consacré de longues séances à la discussion d'une loi en 190 articles sur les délits militaires. Le projet qu'elle adopta fut