LIVRE XVI. — LA SESSION DE
un de ses plus beaux travaux ; mais il ne fut pas porté à la Chambre des députés et demeura dès lors à l'état de lettre morte.
Un code forestier, rendu nécessaire par la difficulté qu^il y avait à se reconnaître au milieu de textes législatifs anciens et nouveaux, fut Tobjet de débats intéressants dans les deux Chambres, qui le votèrent à la presque unanimité, celle des pairs le 9 avril, et celle des députés le 19 mai.
Enfin les députés adoptèrent la loi du jury, telle que les pairs l'avaient faite, sauf un petit nombre de modifications de détail.
VIII. Dès le 16 juin, le rétablissement de la censure était décidé en conseil des ministres, malgré Chabrol et le duc d'Angouléme. L'ordonnance royale fut signée le 24 et parut le 25 au Moniteur. On créa à Paris un bureau de six censeurs, dirigé par Lourdoueix et soumis à un conseil de surveillance de neuf membres, savoir trois pairs de France, trois députés, un membre du conseil de l'instruction publique, Cuvier, un membre de la cour des comptes et un magistrat, l'avocat général de Broë. Ce conseil, dont Bonald était le président, devait recevoir un rapport toutes les semaines. Chaque département devait avoir également un bureau de censure, nommé par le préfet.
Malgré la récusation de quelques-upes des personnes qui avaient été désignées, entre autres de Cuvier et de Broë, l'institution fonctionna. Elle produisit, en partie au moins, l'effet attendu. Les journaux changèrent de ton ; les polémiques dévergondées s'arrêtèrent.
Mais la censure n'atteignait que la presse périodique, et, n'ayant pas de règle absolue, ne pouvait être égale à elle-même dans ses sévérités ni ses complaisances. Tous ses actes furent contestés, et elle souleva contre elle une montagne de plaintes.
Les écrivains qui faisaient la guerre au ministère cherchèrent d'autres armes. Comme la presse non périodique n'était pas censurée, ils remplacèrent les journaux par des brochures d^autant plus faciles à répandre que le colportage était à peu près libre. Chateaubriand fut un des promoteurs de cette campagne, et il annonça bruyamment la tactique à suivre. « Tout sera dit. Aucune vérité ne sera cachée. » Salvandy et d'autres jeunes écrivains pleins d'ardeur lancèrent coup sur coup des brochures où ils dirent tout ce que les journaux ne disaient pas, de sorte que le ministère n'y gagna rien. Hyde de Neuville et plusieurs hommes de la droite entrèrent aussi dans la lice.
Les rédacteurs du Globe eurent l'idée de former pour diriger cette campagne un comité central, qui ne devait agir que par des moyens légaux. Ce comité prit le titre de Société Aide-toi, le Ciel t'aidera. Ses principaux membres furent Guizot, Odilon Barrot, Barthe et Vitet. Menacés dès le début d'être envahis par les anciens carbonari, ils réussirent pourtant à éviter ce danger et à se maintenir dans la ligne tracée. Vitet rédigea le premier manifeste du comité. « Si nous voulons, disait-il, entourer de quelques garanties nos droits, nos biens et nos personnes, créons une publicité nouvelle, une publicité qui soit notre ouvrage : « Aidons-nous, le Ciel nous aidera. »