‹ Histoire de la RestaurationChapitre 155 sur 256 · LIVRE XVI. — LA SESSION DE 18Î · texte numérisé non relu

LIVRE XVI. — LA SESSION DE 18Î

quence rigoureuse de ce système était donc une dissolution et des élections nouvelles. Or les dernières élections partielles avaient ramené Sébastiani, Dupin et la Fayette, Bignon et Delalot. Il était fort à craindre que des élections générales n'eussent le même caractère et ne donnassent une majorité d'une hostilité irré- .médiable. Les préfets consultés n'avaient pas caché leurs appréhensions.

Le Roi et le ministère flottaient donc irrésolus, sans parti pris, mais poussés par la force des choses à prendre les décisions devant lesquelles ils hésitaient. Un des arguments les plus forts pour la dissolution était qu'il faudrait toujours y arriver, et que l'on ne gagnerait rien à attendre, puisque la situation empirait tous les jours.

Pendant que le cabinet délibérait ainsi, sans se résoudre à prendre une décision devenue inévitable, Manuel mourut le 20 août à Maisons, où il s'élait retiré chez Laffittc. Ses funérailles fournirent à l'opposition l'occasion d'une manifestation pareille à celle qui avait eu lieu à l'enterrement du général Foy. Il fut porté lé 24 au Père-Lachaise. Le convoi suivit le boulevard extérieur ; la foule était immense. La police consentit d'abord à ce que des jeunes gens s'attelassent au char funèbre, mais à moitié du parcours le cortège fut arrêté par un détachement militaire qui les obligea à atteler des chevaux. Il y eut beaucoup de tumulte et de désordre. LafBtte s'interposa et ne rétablit le calme qu'à grand'peine. Les discours prononcés au cimetière par Sébastiani, la Fayette et de Schonen furent presque révolutionnaires. Laffitte rap-

pela les titres du a grand orateur et du citoyen plus grand encore que la France avait perdu » . La Fayette trouva l'occasion de vanter la garde nationale, cette admirable création de 1789, «toujours dévouée, dit-il, ' à la cause de la liberté, de T égalité, de Tordre public, et dont les services, interrompus à trois époques remarquables, étaient les sûrs garants de sa résurrection future et d'un retour complet aux principes de son institution primitive » . Mignet publia en brochure le récit de ces funérailles et cita les discours. La brochure fiit déférée à la justice et acquittée. « Cet acquittement, écrivit Salvandy, est le contre-poids de la censure ; c'est notre indemnité. »

IX. La Russie et l'Angleterre, qui avaient signé le protocole du 4 avril 1825, et la France, qui l'avait signé plus tard, en avaient donné communication à la Porte sans obtenir de réponse. Cette réponse, longtemps différée malgré toutes les insistances, n'arriva que le 12 juin 1827. La Turquie refusa de la manière la plus absolue d'accueillir les propositions présentées. Elle voulait rester mattresse chez elle ; elle attribuait la prolongation de la guerre aux encouragements que la Grèce trouvait en Europe, et elle invoquait pour ellemême les principes antîrévolutionnaires qui avaient dicté les résolutions des congrès de Laybach et de Vérone. Quoique affaiblie par des désordres intérieurs qui avaient obligé Mahmoud à détruire le corps révolté des janissaires, elle demeurait inaccessible aux sollicitations de l'Europe comme à ses menaces'.

^ Le massacre des janissaires ayait eu Heu le 28 mai 1826.

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