LIVRE XVI. — LA SESSION DE
Cependant la Grèce était aux abois. Déjà Tannée précédente Missolonghi, réduit par la famine, avait capitulé après quinze mois d'une lutte héroïque. Depuis lors l'Assemblée réunie à Égine s'était divisée et les dissidents s'étaient retirés à Hermione. Enfin l'Acropole d'Athènes, défendue plusieurs mois par le colonel Fabvier, capitulait à son tour.
Les trois puissances signèrent le 6 juillet 1827 un nouveau traité qui ajouta une sanction aux conventions précédentes. On déclara aux Turcs que si la médiation n'était pas acceptée dans le délai d'un mois, les cabinets entreraient en relations de commerce avec les Grecs, et s'opposeraient à la continuation de la guerre par tous les moyens, même par la force. L'Autriche et la Prusse, qui marchait alors à sa suite, s'opposèrent, mais sans succès, à cette déclaration; toutes deux restèrent en dehors de l'action européenne.
Ce fut là le dernier acte de Canning. Il était premier ministre depuis le mois d'avril, ayant remplacé lord Liverpool frappé d'apoplexie. Abandonné par les vieux tories, Wellington, lord Eldon, Robert Peel, qui résistaient à l'émancipation des catholiques et goûtaient peu sa politique aventureuse, il avait recomposé le cabinet en y faisant entrer quelques-uns des chefs des vrhigs, se flattant de diriger et de dominer tous les partis. La mort le surprit à son tour, et tout à coup. Une fièvre violente l'enleva le 8 août, quand il venait d'atteindre le sommet de sa fortune, et de régler l'action commune des trois puissances.
Les Grecs offirirent la présidence de leur gouverne-
ment à Capo d'Istria qui fiit autorisé par la Russie à l'accepter. La France y donna son assentiment.
Les escadres française et anglaise, commandées par les amiraux de Rigny et Codrington, se rendirent dans les eaux du Levant, et se réunirent le 22 septembre devant Navarin. La flotte russe vint les rallier un peu plus tard, le 18 octobre. Les amiraux avaient pour instruction de s'opposer à tout débarquement de forces ottomanes sur le territoire grec.
Une flotte égyptienne ayant paru qui amenait à Ibrahim de nouvelles troupes, les amiraux lui firent connaître les ordres de leurs gouvernements, et il consentit à conclure une suspension d'armes provisoire, jusqu'à ce qu'il eût reçu à son tour les instructions du sultan. Mais les conditions de l'armistice furent mal observées. A deux reprises une division de vaisseaux turcs et égyptiens fît mine de sortir du port et n'y rentra que sur la sommation de Codrington. Après • l'arrivée des vaisseaux russes, les amiraux jugèrent qu'une démonstration imposante des trois escadres était nécessaire pour arrêter la continuation de ces tentatives. Le 20 octobre, la flotte combinée, forte de dix vaisseaux, dix frégates et plusieurs petits bâtiments, s'avança pour prendre position à l'entrée du port ; elle trouva la flotte ennemie rangée en ligne de bataille.
Un bâtiment anglais, le Darmouth, ayant donné l'ordre à un brûlot turc de changer sa position,, fut accueilli par un coup de feu. Les amiraux firent des sommations qui ne furent pas écoutées, et le combat, qu'on avait cru éviter, s'engagea vers deux heures. L'artillerie tonna de tous les bâtiments ainsi que des