LIVRE XVI. — LA SESSION DE
X. Charles X était parti le 3 septembre pour visiter le camp de Saint-Omer. En traversant les villes du Nord, il reçut de nombreuses ovations. Arrivé au camp, il y passa le 10 une grande revue et il fut acclamé par les troupes. Polignac était venu de Londres et raccompagnait. Le Roi dit au général cotn te de Montemart ; « Que ne pourrait-on pas avec des troupes animées d'un si bon esprit? » Oui, Sire, lui répondit le général, on pourrait tout ou à peu près tout le jour de l'entreprise, mais le lendemain! »
On faisait courir dans le public, à l'occasion de ce voyage, le bruit d'une révision de la Charte et d'un coup d'État militaire. Ce bruit trouvait d'autant plus Cacilement créance que la situation paraissait sans issue. Le Roi se montrait calme et même confiant; cette confiance n'était qu'un nouveau sujet d'inquiétude.
La gauche, estimant les élections inévitables, s'y préparait. Chateaubriand annonçait l'intention de diriger cette campagne, afin de délivrer la France de Vignoble système qui pesait sur elle. Les libéraux ne doutaient pas de la victoire ; ils se vantaient de l'obtenir en n'usant que des armes légales. La gauche marchait en tète du mouvement ; elle entraînait la contre-opposition de droite qui la suivait en aveugle, cautionnant, dit Nettement \ ses anciens adversaires devant le pays ; autorisant leurs dénonciations contre le gouvernement royal, livrant six années d'une politique adoptée par deux rois et soutenue par une majorité
» Tome VU, p. 560.
de droite, à la haine et au mépris. On stimula partout les inscriptions sur les listes du jury qui étaient aussi les listes électorales, et qui devaient être closes le 30 septembre. Salvandy rédigea à ce propos un manuel, qui fut publié par la Société Aide-toï, le Ciel t'aidera,
Charles X demeura longtemps sans parti arrêté. Ses familiers, Polignac, Rivière, étaient opposés à l'idée d'une dissolution. D'un autre côté, les ovations qui l'avaient accueilli dans les villes du Nord et au camp de Saint-Omer lui faisaient croire qu'il était assez fort pour la tenter; car il s'abusait facilement sur la portée des démonstrations dont il était l'objet. Le 16 octobre, il saisit le conseil des grandes questions qu'il n'était plus permis d'ajourner. Devait-il dissoudre la Chambre des députés et créer de nouveaux pairs? Clermont- Tonnerre et Chabrol firent des objections à ce plan. Corbière et Peyronnet déclarèrent que la lutte n'était plus possible autrement. Corbière, malade et accablé par des malheurs de famille, se serait retiré si Villèle ne l'en eût empêché. Peyronnet était toujours ardent, mais il offrait aussi sa démission. Quoi qu'on fit, la retraite du ministère se présentait comme imminente ; elle devenait inévitable, si les élections lui étaient contraires. Aussi les hommes sensés étaientils d'avis qu'il ferait bien de ne pas s'exposer à un échec, grave non-seulement pour lui, mais pour la couronne; que le mieux serait de nommer d'abord un ministère d'hommes modérés du centre droit, qui pourrait obtenir de meilleures élections. Mais ce conseil sage ne fut pas écouté. Villèle soutenait que le