LIVRE XVI. — LA SESSION DE
Roi ne pouvait céder ainsi à la coalition de la Chambre des pairs, de la magistrature et de la presse. Avant laissé passer Theure où il eût 'pu se retirer avec honneur, il ne voulait pas renoncer à la lutte, et s'en donnait à lui-même pour raison que, s'il tombait, sa chute entraînerait tout.
Cependant la gravité des mesures proposées était telle ({ue des monarchistes tels que Laine refusaient d'y croire, et s'attendaient à un changement de cabinet, moyen unique sinon de tout sauver, au moins de dénouer la situation.
Le Roi, ayant obtenu le 20 l'adhésion des ministres, se prononça définitivement le 24, et les jours suivants furent consacrés à débattre et à arrêter la liste des nouveaux pairs, dont le choix offrait beaucoup de difficultés.
Enfin, le 6 novembre, les ordonnances parurent au Moniteur. La première annonçait la dissolution de la Chambre des députés et des élections générales pour les dimanches 17 et 24. La seconde faisait cesser la censure et rétablissait la liberté de la presse. La troisième créait de nouveaux [)airsîiu nombre de soixanteseize, dont cinq étaient choisis dans le corps épiscopal et trente-cinq parmi les députés ; le reste se composait, en exceptant le maréchal duc de Dalmatie et cinq ou six personnages de la cour, de ce qu'on appelait les pairs départementaux, c'est-à-dire d'hommes exerçant une grande influence dans leurs départements ; ces derniers choix n'avaient pas été les plus faciles à faire. On remarqua que les députés élevés à la pairie appartenaient généralement à la fraction rc^ligicuse du II. 21
3t2 HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
parti royaliste, et Ton vit dans leur choix un double calcul de Villèle pour se délivrer d'auxiliaires trop exigeants à la Chambre basse et s'en faire des auxiliaires plus utiles à la Chambre haute.
Le choix des nouveaux pairs, à l'exception des deux maréchaux Soult et Hohenlohe, n'était pas de nature à relever la Pairie, mais plutôt à porter atteinte à son autorité morale en diminuant son prestige. Beaucoup d'élus n'avaient ni la haute position personnelle ni les talents qui auraient justifié leur élévation. C'était renouveler la faute commise par Decazes, etlarenou^ vêler en l'aggravant de toutes manières. On ne manqua pas de rappeler que Villèle avait été un de ses ardents détracteurs. Le Mip/ii/eur contribua encore à discréditer les ordonnances en les soutenant par des arguments malheureux. Il dit que la Chambre ayant été nommée pour cinq ans, des doutes sérieux s'étaient élevés sur la possibilité de lui appliquer la loi de la septennalité qu'elle avait faite elle-même, et il prétendit que la force de la Chambre des pairs devait être dans le nombre de ses membres et l'esprit qui l'animait.
Naturellement la presse se déchaîna contre les ordonnances avec d'autant plus de violence qu'elle avait été comprimée plusieurs mois.
Les listes des candidats de l'opposition parurent dans les journaux dès le lendemain. Elles comprenaient les noms dont le rapprochement était le plus fait pour surprendre, ceux des coryphées de la gauche et de la droite, tous présentés comme les défenseurs de la liberté, unis pour repousser le défi qu'un minis-