LIVRE XVI. — LA SESSION DE
tère, rendu violent par sa faiblesse, adressait au pays, «un ministère, disait le Journal des Débats, le plus corrompu et le plus corrupteur qui eût jamais existé » .
Les ministres s'étaient flattés que cette alliance monstrueuse ne tiendrait pas ; ils avaient calculé sur les divisions de la dernière heure. Leur calcul se trouva faux. Ils avaient compté également sur TefFet favorable de la victoire de Navarin. Ce fut le contraire qui arriva. Quelque heureuse qu'elle fût, cette victoire pouvait être le prélude d'une grande guerre. La Bourse baissa. Elle n'aime pas les coups de canon, écrivait tristement Vil lèle.
Les élections furent des deux parts très-travaillées. Elles se firent sous la double pression des comités et du gouvernement, qui n'épargnèrent d'aucun côté les moyens à leur usage. Les préfets pesèrent fortement sur les fonctionnaires.
Les élections des collèges d'arrondissement eurent lieu le 19. Les candidats de l'opposition eurent à Paris les cinq sixièmes des voix; ailleurs ils obtinrent un succès moins complet, mais encore considérable. Dès la soirée de la veille, les libéraux, escomptant la joie d'un résultat prévu, avaient illuminé dans plusieurs quartiers. La foule parcourait les rues Saint- Denis et Saint-Martin, lançant des pétards et des fusées en signe de réjouissance. Le 19, les mêmes scènes se reproduisirent, mais furent plus graves. D'abord on cria : Des lampions ! et : Vive la Charte ! Vivent les députés ! Puis d'autres cris s'y joignirent, parmi lesquels on entendit ceux de : Vive Napoléon ! et : Vive l'Empire ! On cassait les vitres des maisons qui n'illu-
minaient pas, et des pétards étaient lancés contre les voitures. Quelques barricades s'élevèrent rue Saint* Denis. L'autorité envoya des gendarmes qui en renversèrent deux ; il fallut foire marcher la garde royale ef tirer des feux de peloton pour en enlever trois autres.
L'émeute recommença le 20. Elle n'attendit pas l'heure ordinaire et éclata avant la soirée. Mais les troupes, au nombre de 15,000 hommes, avaient été massées sur tous les points importants, aux abords des Tuileries, sur les boulevards Saint-Denis et Saint- Martin, et à la place du Ghâtelet. Les barricades de la veille ayant été relevées, le général commandant la division marcha sur elles en personne vers dix heures, après qu'on eût laissé la foule des curieux s'écouler. Il foUut encore des feux de peloton pour les enlever et dégager les rues voisines. On fit cent vingt arrestations. Toutes les précautions militaires furent prises pour assurer l'ordre les jours suivants.
Les troubles furent arrêtés assez vite pour que la justice ne pût en découvrir plus tard les vrais auteurs. Mais il n'est pas douteux que ces auteurs ne fussent les émeutiers de profession que Paris avait déjà vus, et qu'il devait voir si souvent depuis. Les foiseurs de révolutions qui marchent à la queue des libéraux tàtèrent le terrain pour descendre dans la rue. Les libéraux soutinrent que si la garde nationale eût existé, elle eût tout prévenu ou tout réprimé.
Le 24, les élections des collèges de départements donnèrent des résultats moins accusés que celles des collèges d'arrondissements, mais peu différents dans