LIVRE XI. — MINISTÈRE VILLÈLE
acte de ce ministère qu'on disait n'ayoir rien fait pour la France. Au milieu des agitations de TEurope, la France a marché à sa prospérité. Son industrie s'est accrue, son commerce s'est étendu ; elle a évité la guerre, et depuis cinq ans le ministère a contribué à ternies ces choses. »
Si la France était restée neutre à Laybach et à Troppau , c'est qu'elle n'avait pu s'entendre avec des cabinets dont les vues n'étaient pas les siennes, ni pactiser avec des révolutions militaires qui l'eussent mise en guerre avec l'Europe.
Laine défendit dans les termes les plus élevés les ministres et le Roi contre l'accusation de manquer de sentiment national, et termina par une péroraison magnifique. « On parle, dit-il, sans cesse de la responsabilité des ministres. Il y a aussi pour les assemblées et pour leurs membres une responsabilité inévitable. Ce n'est pas par des menaces, des accusations, des supplices qu'elle s'exerce; c'est une responsabilité morale. Vous comparaîtrez devant un juge sévère, devant l'histoire. Elle appréciera la conduite des hommes qui, tourmentant incessamment l'opinion , trompant la crédulité publique, se plaisent à avilir les gouvernements, tandis que dans l'intérêt du pays ils devraient les honorer et les seconder... Apprenons à mêler la prudence et la justice à la véritable liberté des débats. »
L'opposition , battue sur les affaires étrangères , se rejeta sur la police, puis sur l'armée et là marine. Sur l'armée la discussion fut vive, à cause de la part qu'y prirent les généraux Gérard, nouvellement entré à la
chambre, Foy et Sébastiani. Ces généraux attaquèrent le favoritisme, le mépris des règles de ravancenient établies par Gouvion-Saint-Cyr et le peu d'encouragement donné aux anciens officiers et sous-officiers. Gérard fit en termes pour le moins inexpérimentés reloge de Tancienne armée impériale. Le maréchal de Bellune repoussa la plupart de ces attaques, en montra l'exagération ou même la fausseté, et exposa ce que ses prédécesseurs avaient entrepris pour organiser une armée digne de la France. Ses observations très-sensées furent appuyées par le général Lafond, qui parla maladroitement des soldats qui avaient mérité la clémence du Roi. A ce mot, la gauche bondit. Foy déclara que l'armée repoussait une amnistie, et le débat se termina par un duel du général Lafond avec le général Sémélé, député libéral.
Sébastiani critiqua les accroissements de dépenses demandés pour la marine et les efforts entrepris pour la reconstituer. Clermont-Tonnerre , placé cette fois sur un terrain favorable, s'y défendit avec succès, et prouva victorieusement que la France ne pouvait renoncer à l'idée de rétablir son ancienne puissance maritime. L'état de nos colonies fut, comme il l'avait été plusieurs fois, l'objet d'une discussion très-approfondie.
Quand on en vint aux finances, LafRlte se plaignit des dégrèvements de l'impôt direct accordés à certains départements, et affecta d'y voir un système suivi pour diminuer le nombre des électeurs. Il soutint que si une réduction des charges publiques était possible, elle devait porter sur les impôts indirects qui ne grevaient