LIVRE XVI. — LA SESSION DE
le fond. Peyronnet s'était présenté à Bourges et à Bordeaux ; il y éprouva un double échec.
En conclusion, l'opposition de gauche compta cent quatre-vingts sièges à la nouvelle Chambre, celle de droite en eut à peu près soixante-dix. Le ministère eut cent soixante-dix sièges. Les ministériels et Textrême droite pouvaient former encore une majorité royaliste, mais à la condition de se réconcilier; réconciliation fort difficile, car l'opposition de droite avait beaucoup contribué à la défaite du ministère. D'ailleurs, ni les honneurs ni le profit de la victoire ne lui appartenaient.
XL La cour était consternée, et la retraite du cabinet jugée inévitable. Le 2 décembre, Charles X demanda aux ministres s'ils croyaient pouvoir obtenir une majorité. « Non, Sire, répondit Villèle, pour empêcher la Chambre de demander dès l'ouverture le renvoi du ministère ; oui, pour tout le reste, si cette demande est promptement refusée par le Roi et s'il n'est présenté que des lois d'intérêt général conformes aux sentiments exprimés par les élections. » Il ajouta que ses collègues et lui étaient prêts à remettre leurs portefeuilles.
Au fond, il voulait rester, et il demandait à Charles X les deux choses qui lui avaient manqué : un appui personnel décidé et l'abandon de tous les projets de loi semblables à ceux qui avaient soulevé la défiance publique. Mais l'incertitude ne pouvait se prolonger. 11 écrivit au Roi le 5 pour le presser de former un cabinet nouveau ou de déclarer sa résolution de maintenir les ministres existants.
Le Roi fit attendre sa décision. Son arrière-pensée était évidemment de confier le gouvernement à Poltgnac et à des hommes d'extrême droite ; mais il en comprenait la difficulté. II était de plus attaché, sinon au cabinet, du moins à Yillèle. La duchesse d'Angouléme, ennemie des concessions, lui disait qu'abandonner Yillèle serait descendre une des marches du trône. Le Dauphin et ses amis étaient au contraire d'avis de ne pas se charger plus longtemps de son impopularité. Le 6, Charles X répondit à Yillèle qu^il avait résolu de former un cabinet nouveau appartenant à la droite modérée, et il le pria de Taider pour les négociations préliminaires, offre à laquelle ce dernier se prêta peu.
Talaru et Saint-Priest, Tun ancien, l'autre nouveau titulaire de l'ambassade d'Espagne, furent désignés par le Dauphin pour constituer le nouveau cabinet. Tous les deux s'y refusèrent, blâmant la fournée de pairs qu'ils jugeaient exorbitante et se souciant peu d'hériter des fautes commises.
Charles X revint alors à l'idée de garder Yillèle et de ne changer que Corbière et Peyronnet, qui refusaient de rester ; Peyronnet, d'ailleurs, était de tous les ministres le plus compromis. Mais Yillèle jugea avec raison que s'il était privé de ses collègues les plus éminents, il devrait leur donner des successeurs qui fussent au moins leurs égaux par le talent; il lui sem^ blait aussi que Frayssinous, Clermont-Tonnerre et le baron de Damas n'avaient pas toute l'autorité nécessaire et avaient trop cédé aux influences du parti religieux. C'était donc un cabinet presque entièrement