‹ Histoire de la RestaurationChapitre 162 sur 256 · LIVRE XVI. — LA SESSION DE 1827. Z · texte numérisé non relu

LIVRE XVI. — LA SESSION DE 1827. Z

nouveau qu'il aurait à former. II offirit les sceaux à Ravez ; ce dernier répondit par un refus formel. Il eut un instant Tidée de composer un ministère de coalition en y faisant entrer quelques hommes de Textréme droite, et peut-être Casimir Périer. Mais il s'arrêta dès les premières négociations, en sentant toute la difficulté. Cependant le Journal des Débats, inspiré par Chateaubriand, le plaisantait de frapper à toutes les portes et de se les faire fermer toutes, étalant pendant la journée et repliant le soir faute de chalands. Il l'accusait de vouloir mourir ministre , et lui déclarait que s'il se cramponnait à son portefeuille, on le ferait partir par un acte d'accusation.

Ainsi Villèle expiait chèrement le tort de ne pas avoir choisi l'heure où il eût pu quitter le pouvoir avec dignité et sans compromettre la couronne, où il eût pu demeurer le chef de la droite et en rallier les forces éparses. £n luttant jusqu'au dernier jour, il devait tomber pour ne plus se relever.

Le Roi abandonna l'idée de reconstituer l'ancien ministère en le remaniant, et il confia le soin d'en former un nouveau à Chabrol, qui, sans avoir des talents supérieurs, était fort expérimenté et s'était montré plus prudent que ses anciens collègues.

Chabrol épuisa à son tour les combinaisons. Il proposa un ministère de centre droit ou un ministère de coalition. Il préférait le premier comme le plus capable de réunir de grands talents, de dissiper les défiances, de pacifier les esprits et de combattre la Révolution. Mais Charles X, étant comte d'Artois, avait combattu le cabinet de Richelieu ; fidèle à d'anciennes antipa-

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thies personnelles, il repoussa Tidée de rappeler ceux de ses membres qui survivaient.

Quant à un ministère de coalition, il s'opposait à y faire entrer Chateaubriand, qui lui inspirait une aversion profonde ; il en excluait tous les hommes de la gauche. Il ne voulait, pour raisons personnelles, ni de Talleyrand, ni de Pasquier, ni même de Laine. Labourdonnaye, qui avait pris une part active à la chute du cabinet Villèle, était Tobjet de ses répugnances. Bellune était repoussé par le ducd'Angouléme. En dépit de son afBabilité naturelle et de la facilité parfois trop grande de ses relations, Charles X ne pouvait se décider à prendre pour ministres des hommes qu'il n'aimait pas. Chabrol rencontra d'ailleurs de grandes résistances chez les hommes politiques auxquels il s'adressa. Nul ne savait ce que serait un cabinet de coalition et comment il pourrait vivre.

Le Roi, abattu, attristé, gardait un silence qui aggravait la crise. L'anxiété prolongée du public allait croissant. La presse accablait Villèle de nouvelles injures; Montlosier, plus halluciné que jamais, écrivait au Journal des Débats qu'il avait mérité d'être condamné à mort. Un ancien auteur de pamphlets pohtiques, Cauchois-Lemaire, en fit paraître un qui causa une grande sensation. 11 y proposait au duc d'Orléans de se mettre à la tête de l'opposition, et de former à un titre quelconque un gouvernement, pour arrêter le char qui conduisait au précipice. Le pamphlet indigna les royalistes ; les libéraux le désavouèrent; le prince s'excusa au Roi des prétentions qu'on lui suggérait. Cauchois-Lemaire fut traduit en juge-

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