LIVRE XVII.— MINISTÈRE MARTIGNAC
Villèle et de leur offrir un terrain de conciliation.
Labourdonnaye , Delalot, Hyde de Neuville et leurs amis, tout en continuant de soutenir que Yillèle avait trompé et perdu les royalistes, se sentaient embarrassés de leur rôle ; on les accusait d'avoir ouvert les portes à Tennemi. Les chefs de la défection étaient des indisciplinés; si l'on parvenait à les conquérir individuellement, on changeait les dispositions du groupe dissident.
Le 17 janvier, le cabinet, ayant besoin de s'affirmer, fit paraître au Moniteur une déclaration de principes. Elle disait que la majorité du pays voulait un ministère ferme et modéré, sage dans ses plans de conduite et sincère dans leur exécution, sachant d'une part îsiwe respecter la dignité de la couronne et l'autorité royale, sans laquelle il n'y avait ni protection ni sûreté, de l'autre maintenir l'exécutioft loyale et franche de la Charte, ne connaissant d'autre régime que le régime légal, ne s'occupant des institutions que dans l'intérêt commun du trône et des citoyens, recherchant les avis salutaires, et ne repoussant que les principes dangereux et les prétentions injustes et exagérées. Martignac exposait ainsi ses intentions conciliantes, ses désirs généreux, et en quoi il différerait du ministère précédent, dont l'attachement à la Charte était devenu suspect par la complaisance qu'il avait montrée pour ses ennemis. Il exprimait la confiance que la politique du ministère étant une fois connue, la majorité viendrait à lui.
Les ministres voulurent joindre les actes aux paroles. La police fut enlevée à Franchet etDelavau, que leur
dévouement trop servile àla Congrégation avait rendus impopulaires. On les nomma conseillers d'État. On eut beaucoup de peine à arracher au Roi son consentement; il le donna pourtant lorsque de Belleyme, qu'il aimait, lui fut présenté pour la préfecture de police. Des hommes de partis divers, Bacotde Romand, de Villeneuve et Bourdeau, furent appelés à des directions générales.
Le 21 janvier, on nomma sur un rapport de Portalis une commission « pour examiner les mesures que pouvait nécessiter l'exécution des lois du royaume dans l'enseignement des écoles ecclésiastiques secondaires ». C'était répondre à un vote de la Chambre des pairs, vote demeuré à l'état de lettre morte. Comme la situation de Frayssinous devenait par là très-difficile, on ne lui laissa que les cultes. On détacha Tinstruction publique de son ministèA, et Portalis la fit confier le 10 février à Vatimesnil, qui reçut les titres de grand maître de l'Université et de ministre d'État. Vatimesnil était connu par la vigueur de ses réquisitoires politiques et le talent juridique qu'il avait montré comme avocatgénéralàla cour de cassation. Ce choix fut mal vu par les libéraux, qui crurent trouver en lui un autre Peyronnet; les actes du nouveau ministre ne tardèrent pas à les détromper.
Enfin, à la sollicitation du cabinet, Hyde de Neuville, Michaud, Lacretelle et Villemain rentrèrent en grâce. Les cours qui avaient été fermés à la Sorbonne, ceux de Guizot et de Cousin, furent rouverts.