‹ Histoire de la RestaurationChapitre 168 sur 256 · II. La session s'ouvrit le 5 février. Le Roi prononça · texte numérisé non relu

II. La session s'ouvrit le 5 février. Le Roi prononça

LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAC. 337 un discours assez terne, eu égard aux circonstances, et qui se terminait par un appel à Tunion des hommes de bien. Deux phrases seulement furent remarquées. Il dit au sujet du combat de Navarin: « Ce combat imprévu a été à la fois une occasion de gloire pour nos armes, et le gage le plus éclatant de Tunion des pavillons. » C'était apprécier avec vérité au point de vue français un événement que Wellington venait de qualifier de fâcheux à la tiibune anglaise {an unto^ ward event) . Le second passage important annonçait que quelques hautes questions d'administration publique seraient soumises à la Chambre; on y vit la promesse des grandes lois que le cabinet précédent n'avait pu faiire.

La Pairie vota l'adresse sans débats, après des explications très-complètes de la Ferronnays sur les affaires extérieures. La dernière fournée de pairs, l'acte assurément le plus exorbitant du ministère Yillèle, avait altéré la composition de la Chambre haute, sans changer sensiblement son esprit ; elle était par tempérament gouvernementale autant qu'indépendante,. et devait inspirer peu d'appréhensions aux ministres.

Il n*en était pas de même de la Chambre des députés, dont on ne pouvait préjuger l'attitude. Elle procéda d'abord à la vérification des élections.

Ce premier débat fut long, embarrassé et confus. Peu d'élections furent annulées, mais beaucoup furent contestées, et quelques-unes vivement. L'opposition prit pour thème la pression exercée par les préfets et surtout la confection, arbitraire suivant elle, des listes électorales qu'ils avaient dressées. Elle prétendit II. M

reviser ces listes et rayer les f5aux électeurs. « La France, dit Dupin, veut la moralité, la bonne foi, Thonneur français dans les affaires. » Gomme les amis du ministère prétendaient réserver à l'administration le droit de juger la capacité des électeurs, Sainte-Aulaire et Gautier soutinrent qu'en matière d'élections la Chambre était souveraine. Royer-Gollard fit de cette souveraineté un dogme, et déclara toute prétention contraire une atteinte à la conscience, attendu que la conviction des députés ne se commandait pas. Dupin appuya cette doctrine en termes moins absolus, et Agier s'y rallia sans réserve.

Martignac, dont on attendait les explications, répondit à Dupin : « Pour nous, ministres du Roi, le mandat que nous avons reçu est comme le vôtre, le mandat de la franchise, de la loyauté et de l'honneur français. » Puis il déclara que la Chambre ne pouvait revenir sur les listes et porter atteinte à Tautorité de la chose jugée. Ravez démontra que la Chambre ne pouvait agir que dans les limites de la loi. Portalis définit dans le même sens la souveraineté de la Chambre, expression relative, dit-il, car « la souveraineté n'implique pas qu'un corps puisse faire tout ce qu'il veut, et ne reconnaisse aucune limite à son pouvoir. La loi seule a cette puissance. »

Labourdonnaye, à la surprise générale, appuya les droits du gouvernement. Villèle étant tombé, il aspirait à se foire le chef de la droite. « Ce ne sont pas, dit-il, les libertés publiques qui sont menacées, c'est la royauté que nous avons à défendre. »

Le Roi avait foit appel à l'union des gens de bien ;

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